Dossier : Catastrophes naturelles : Des traumatismes sans fin

Bize, un village en alerte

En octobre 2018, la Cesse a inondé certaines rues de cette commune du Minervois. S’il n’y a pas eu de morts depuis les terribles crues de 1999, la population souffre d’anxiété devant ces épisodes qui s’accentuent. Reportage.

La rivière à Bize, c’est « une bénédiction et une malédiction », lâche Sabrine Prat. La restauratrice boit un café en compagnie de Jean-Michel Serrano, sur la terrasse de ce dernier, avec son mari, Alexandre Prat, et le maire du village, Alain Fabre.

Il n’y a plus une plante sur cet espace ravagé par l’inondation. Juste une table, et un maçon en train d’installer une deuxième plaque de métal pare-eau devant la porte-fenêtre. La maison des Serrano est une petite bâtisse prise dans l’ancien rempart de ce village en partie médiéval du Minervois : la porte d’entrée donne sur la rue, à quelques mètres du restaurant des Prat, sinistré depuis le 15 octobre et toujours fermé en ce début avril. La terrasse, de l’autre côté, surplombe la rivière.

Hors les épisodes de crue, la Cesse a des airs de gros ruisseau qui s’écoule dans un large lit de cailloux clairs et glisse en coude sous l’arcade droite du haut pont sur lequel passe la route principale. « Plutôt témoins des grosses sécheresses en été, les touristes s’étonnent de la hauteur du pont ! » sourit le maire. « Difficile de croire que l’eau est montée jusqu’aux arcades, n’est-ce pas ? » lance Sabrine Prat. Et pourtant : le 15 octobre, Bize a reçu en quelques heures l’équivalent de six mois de pluie. La Cesse est montée d’un coup, débordant de son lit, passant les barrières sur les rives et les plaques de métal équipant déjà les maisons les plus exposées jusqu’à 80 centimètres. Elle a envahi des rez-de-chaussée et des rues jusqu’à 1,20 mètre. Redescendue aussi vite que montée, elle a laissé sur les murs en pierre de la partie basse la marque record de son passage brutal.

La Cesse a toujours débordé. Les anciens le savent. « C’est dans leur culture. Ils s’en accommodent », a confié dans la matinée Michel Alméras, médecin du village, à la retraite depuis peu. « Si les inondations les angoissent, ils ne le disent pas. » Les jeunes générations s’installent sur les hauteurs. L’école est sur un piton. « Avant, les “épisodes cévenols”, comme on dit, c’était tous les vingt ans, commente Jean-Michel Serrano. Puis la fréquence est passée à un tous les douze ans, puis tous les six ans… » « Récemment, nous en avons connu trois en quatre ans, dont deux en dix-huit mois » enchaîne Alain Fabre_._

Jean-Michel Serrano a encore dû refaire son rez-de-chaussée à neuf après l’avoir laissé sécher avec la climatisation pendant des mois. « Mon assurance suit », se félicite-t-il. L’espace est prêt pour accueillir sa mère, si elle revient : âgée de 94 ans, Antoinette a été évacuée in extremis le 15 octobre. Invalide, couchée sur un lit médicalisé qui avait déjà les pieds dans l’eau, elle ne pouvait monter à l’étage. « On l’a sortie hébétée. Elle en a perdu la tête », confiait plus tôt Alain Fabre, à la mairie, en montrant sur une carte la situation du village, les 250 kilomètres de bassin-versant au nord de l’Aude en -contrebas des ruisseaux provenant de l’Hérault, le département voisin de quelques kilomètres. « Les jours de pluie, on ne dort pas, tous les portables sont allumés, les ordinateurs aussi. » Avec le chef des pompiers, ils prennent des quarts, « comme sur un bateau ». Ils surveillent les niveaux sur le site Vigicrues et celui de la société Predict. Ils vont effectuer des reconnaissances visuelles auprès des cours d’eau dont ils savent, à force d’autoformation, que, s’ils dépassent une certaine hauteur, il faudra évacuer les maisons de la zone inondable. « Pas de dispositif téléphonique : on frappe aux portes » précise Alain Fabre.

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