Le passage à la couleur

Le musée d’Orsay, à Paris, présente une prestigieuse et monumentale exposition autour du modèle noir, de la méconnaissance à la reconnaissance.

Trajectoire peu ordinaire. Connu par son seul prénom, Joseph est né à Saint-Domingue vers 1793 ; il débarque en France à une date indéterminée. Marseille d’abord, puis Paris. En 1808, il est engagé comme saltimbanque dans la troupe d’une certaine Mme Saqui, acrobate de renom et danseuse de corde. Dix ans plus tard, il est repéré par Théodore Géricault, époustouflé par sa musculature parfaite. Le peintre en fera son modèle de prédilection, notamment pour Le Radeau de La Méduse (1819), où il incarne le marin torse nu agitant le foulard de l’ultime espoir.

Le tableau possède son histoire. Dans la première esquisse, il n’y a aucune présence de Noir sur le radeau. In fine, ils sont trois. C’est que l’œuvre s’inscrit dans un contexte politique et social. En 1794, un premier décret abolit l’esclavage, faisant suite à la révolte victorieuse des esclaves de Saint-Domingue en 1791, menée par Toussaint Louverture, quand Joseph n’a que deux ans. En 1802, Napoléon Ier rétablit la traite négrière dans les Caraïbes (avec une législation restrictive, interdisant les mariages interraciaux et l’accès à la métropole pour les Noirs des colonies), ce qui entraîne de nouvelles révoltes et l’indépendance d’Haïti. Périodes troubles qui susciteront plus tard les premiers portraits de personnalités telles que Jean-Baptiste Belley, député de Saint-Domingue à la Convention, par Anne-Louis Girodet, et Toussaint ­Louverture par François Bonneville.

En signant Le Radeau de La Méduse, Géricault se place donc du côté de la cause abolitionniste, tandis que Joseph pose encore pour des études de Théodore Chassériau, ou pour Horace Vernet en Chasseur africain. En 1832, il réussit le concours de modèle de l’École des beaux-arts. C’est aussi un mélomane, que l’on dit doué « d’une mémoire prodigieuse ». Il meurt vers 1870 et aurait exprimé le vœu de « finir ses jours sur les tréteaux d’un atelier, au service de l’art ».

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