Surdité, aveuglement et entêtement

Indifférent à la colère sociale et aux préoccupations écologiques, Emmanuel Macron, qui tenait sa première conférence de presse, n’entend pas changer de cap. Juste accélérer.

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Pour Emmanuel Macron, l’exercice était nouveau. Jamais depuis son arrivée à l’Élysée il n’avait tenu de conférence de presse. Autant par volonté de s’adresser directement au pays que par défiance envers les journalistes. Sitôt élu le chef de l’État les a mis à distance. Aussi, jeudi, s’est-il employé une nouvelle fois à bien verrouiller sa communication. Un exposé liminaire démesurément long – près d’une heure au lieu de la demi-heure prévue – limitait par avance le nombre des questions. Sur 320 journalistes présents, seulement 15, soigneusement triés, ont pu l’interroger. Bien gentiment.

Après son Grand débat national, Emmanuel Macron devait, selon ses mots, transformer « les colères en solutions ». Il s’est surtout montré sourd aux revendications des Gilets jaunes, n’en retenant aucune malgré quelques paroles d’apaisement qui se voulaient compréhensives. L'ISF ? N'y pensons pas. La reconnaissance du vote blanc ? Rejetée. Le vote obligatoire ? Refusé. Le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) ? Il ne le conçoit que pour des sujets locaux. Pour des sujets nationaux, il propose de faciliter le RIP, Référendum d’initiative partagé, en le transformant en droit de pétition : un million le nombre de signatures permettrait de saisir le Parlement d’un projet ; au cas très hypothétique où les assemblées ne l’examineraient pas, le référendum serait de droit.

Des cinq mois de mobilisation sociale contre sa politique, il tire la conclusion paradoxale que les « transformations » que son gouvernement a engagées « n’ont pas été suffisamment rapides, pas suffisamment radicales, pas suffisamment humaines ». Les Gilets jaunes et leurs soutiens, nombreux dans le pays, ne seraient donc, qui l’eût cru, que des « marcheurs » impatients ? Pareil aveuglement laisse pantois.

C’est pourtant sur lui qu’Emmanuel Macron appuie son entêtement. « Je n’ai pas fait fausse route », a affirmé d’emblée le chef de l’État, non sans enjoliver son bilan. Il vante ainsi une croissance retrouvée « supérieure à celle de bien de nos voisins » alors qu’elle était en 2018 en dessous de celle de la zone euro. Et s’attribue la création de 500 000 emplois, dont 340 000 en 2017 – il a été élu en mai – et seulement 160 300 en 2018 quand sa politique a réellement été mise en application…

De ces deux heures trente d’entretien, on retiendra peu d’annonces nouvelles, hormis la suppression des grands corps de la fonction publique et l’amorce d’une marche arrière sur l’objectif de suppression de 120.000 postes de fonctionnaires. Les autres avaient pour l’essentiel été éventées après l’allocution mort-née du 15 avril.

À lire > Grand débat : Tout ça pour ça !

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Un tour de passe-passe électoraliste

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Le Président s’est contenté d’apporter quelques précisions ou correctifs. La baisse de l’impôt sur le revenu qui pourrait être « autour de 5 milliards » d’euros. La réindexation au 1er janvier 2020 des pensions des retraités qui perçoivent moins de 2 000 euros est confirmée, assortie de la promesse d’une réindexation pour tous en 2021. S’agissant de l’élection des députés, il n’exclut pas de porter de 15 à 20 % la part de proportionnelle, et ne ferait pas obstacle à ce que la réduction du nombre de parlementaires soit de 25 % au lieu de 30 % prévue initialement. Enfin la convention citoyenne qui rejoindrait le Conseil social économique et environnemental (CESE) réformé, comprendrait 150 et non plus 300 citoyens tirés au sort.

Mise en place dès juin, la première mission de cette convention serait de faire des propositions sur la transition écologique. Car si Emmanuel Macron admet que la question du climat est une « urgence », il est resté muet sur ce qu’il faudrait entreprendre pour y faire face, confirmant que l’écologie reste, avec le social, un point aveugle de sa politique.


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