Autriche : la chute de la maison Kurtz

En trois jours, l’alliance entre le parti de Kurz (ÖVP) et l’extrême droite (FPÖ), au pouvoir depuis un an et demi, s’est atomisée sous l’effet d’une vidéo clandestine qui assassine Heinz-Christian Strache, président du FPÖ.

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Les conséquences de l’énorme scandale qui vient de ravager le gouvernement du chancelier conservateur Sebastian Kurz sont incalculables. En trois jours, l’alliance entre son parti (ÖVP) et l’extrême droite (FPÖ), au pouvoir depuis un an et demi, s’est atomisée sous l’effet d’une vidéo clandestine qui assassine Heinz-Christian Strache.

Président du FPÖ, numéro deux du gouvernement jusqu’à sa démission le 18 mai, il a été magistralement piégé en 2017 lors d’une soirée arrosée à Ibiza, proposant un troc à la prétendue nièce d’un oligarque russe : ce dernier prendrait le contrôle du premier quotidien d’Autriche pour en faire un relai d’opinion du FPÖ, et en échange le dirigeant attribuerait au magnat des marchés publics.

Cependant, la première victime de l’« Ibizagate » pourrait bien être Kurz, que le séisme touche de plein fouet par ricochet. Qualifié d’« enfant prodige » pour sa précocité (élu chancelier à 31 ans), il semblait en pleine maîtrise d’un pacte politique qui lui avait fait céder trois ministères régaliens au FPÖ. Kurz avait négligé les mises en garde concernant les agissements sulfureux du parti, et en particulier ses liens avec Poutine. Le 20 mai, il a dû limoger Herbert Kickl, le ministre FPÖ de l’Intérieur, censé enquêté sur sont propre parti et qui refusait de démissionner. Ce sont finalement les quatre autres ministres d’extrême droite qui ont quitté le gouvernement, laissant un Kurz contrit annoncer pour l’automne des législatives anticipées qui devraient bouleverser le paysage politique autrichien.

Autre contre-coup : alors que l’attelage droite-FPÖ était salué par les extrêmes droites européennes comme un exemple à suivre pour la conquête du pouvoir, la farce Strache a plombé le rassemblement d’une partie d’entre elles à Milan, le même 18 mai. La perspective de voir naître un vaste groupe parlementaire d’extrême droite à Strasbourg s’éloigne, d’autant plus que la position à tenir envers Moscou constitue un point d’achoppement important.


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