Cinq raisons de marcher contre les pesticides

La septième « Marche mondiale contre Monsanto-Bayer » se déroule ce samedi 18 mai. Le groupe chimique allemand qui a racheté le numéro 1 du glyphosate est le symbole du système agro-industriel qui détruit la biodiversité et affecte la santé.

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1. La France a une grosse addiction

Détrônée ! Historiquement championne européenne de consommation annuelle de produits phytosanitaires, la France a cédé cette triste prouesse à l’Espagne en 2016. Ramenée au nombre d’hectares de surface agricole utile (SAU), la consommation de pesticides de la France est au-dessus de la moyenne européenne (elle deux fois plus élevée dans des pays tels la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie). La carte des départements les plus gourmands révèle aussi que la grande culture céréalière n’est pas la seule concernée, mais également les régions viticoles.

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Au total, 70 000 tonnes de pesticides sont déversées chaque année en France. C’est certes moins qu’il y a quelques années (100 000 tonnes/an), mais gare aux faux-semblants ! Cette baisse n’est pas synonyme de meilleures pratiques agricoles. Car l’interdiction de certains produits peut conduire à leur remplacement par d’autres, tout aussi nocifs mais nécessitant un dosage moindre. C’est pourquoi, depuis 2007, le ministère de l’Agriculture raisonne en « nombre de doses unités » (NODU), soit le nombre de traitements « moyens » appliqués annuellement sur l’ensemble des cultures à l’échelle nationale. Dix ans après le lancement du plan Ecophyto, le NODU s’élevait à 94,2 millions en 2017. Il était de 76 millions en 2008. Un échec donc, pour ce plan ambitieux qui visait une réduction de moitié à l’horizon 2018. D’autant que dans la même période, les rendements agricoles, eux, n’ont pas progressé…

2. La pression populaire, ça marche

Mouvement Coquelicots, « pisseurs involontaires de glyphosate » et succès des marches mondiales contre Monsanto depuis sept ans : les pesticides sont sous pression populaire. Les gouvernements sont de plus en plus nombreux à réglementer, voire interdire certaines substances. En France, la loi Labbé, votée en 2017 interdit, depuis le 1er janvier dernier, la vente de tous les produits « de synthèse chimique » aux particuliers et aux administrations publiques. Désormais jardins et des espaces verts publics ne peuvent plus utiliser de Roundup et autres pesticides, et doivent se limiter aux produits naturels et de biocontrôle (ceux autorisés dans l’agriculture bio).

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La loi Labbé est un début encourageant, mais c’est l’arbre qui cache la forêt, car particuliers, collectivités et entreprises ne représentent que 10% de la consommation de pesticides. Les 90 % restants sont le fait de l’agriculture…

Il existe plus d’un millier de substances actives, dont la moitié sont interdites dans l’Union européenne (471 autorisées). Depuis une directive européenne de 1993, leur autorisation est conditionnée à la satisfaction de critères de toxicité sanitaire et environnementale. Une fois agréées, ces substances actives entrent dans la composition de plusieurs milliers de produits commerciaux (environ 4000 autorisations de mise sur le marché). Un véritable arsenal de produits chimiques, qui ne se limite donc pas au Roundup et au glyphosate. En 2017, l’Union européenne a renouvelé pour cinq ans sa licence. Le gouvernement français a promis qu’il serait interdit « pour tous les usages » d'ici 2022. Il l’a promis, mais a refusé de l’inscrire dans la loi…

3. Les risques pour la santé sont sous-évalués

Un groupe de députés de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a rendu public, jeudi 16 mai, un rapport sur « l’indépendance et l’objectivité des agences chargées d’évaluer la dangerosité des substances mises sur le marché », principalement les agences européennes (EFSA) et française (Anses). Sa conclusion ? Les risques associés aux pesticides par les experts seraient sous-évalués. Or autorisations et interdictions de mise sur le marché sont délivrées en fonction de ces études.

Le rapport parlementaire souligne les nombreuses limites des pratiques actuelles d’expertise des risques… « L’existence de situations de conflits d’intérêts laissant planer un doute sur l’objectivité des experts est de nature à saper la confiance dans la qualité des expertises », notent ainsi les rapporteurs. Ils citent l’exemple de l’European Medicines Agency (EMA), où « pour les experts, l’existence de liens d’intérêt n’interdit pas de participer aux travaux ». Plus problématique encore : les expertises reposent des données transmises… par les firmes agro-industrielles elles-mêmes ! Le rapport de l’OPECST souligne ainsi : « Les tests préalables aux procédures réglementaires sont placés sous la responsabilité des industriels. »

4. Bayer reste le responsable n°1

Rachetée par l’allemand Bayer, autre géant du secteur de l’agro-chimie, Monsanto accumule les scandales, à l’image des Monsanto Papers. La multinationale, mère, entre autres, du glyphosate, croule sous les procédures judiciaires : plus de 13 400 plaintes rien qu’aux États-Unis. En août 2018, Dewayne Johnson, jardinier de 46 ans en phase terminale, a fait condamner Monsanto, qui devra lui verser 78 millions de dollars de dommages ; mi-mai, un tribunal de Californie a accordé 2 milliards de dollars de dommages à un couple atteint de cancers du système lymphatique. Côté français, l’agriculteur Paul François a remporté, le 11 avril, une troisième victoire dans sa bataille juridique contre le géant de l’agro-chimie.

Malgré la pression judiciaire, Bayer demeure le numéro un mondial des semences, engrais et pesticides, même si le groupe tangue depuis qu’il a avalé Monsanto.

5. Donner un signal au nouveau Parlement européen

Premier dossier qui attend les futurs députés européens ? La révision de la politique agricole commune (PAC) pour la période 2021-2027. Aînée des politiques européennes, elle a été créée dès 1962 pour booster la production agricole. Soixante ans plus tard, son modèle productiviste semble avoir atteint ses limites. Car la grande majorité des subventions sont toujours versées en fonction de la surface des exploitations. Résultat : des aides généreuses pour les méga-fermes et exploitations intensives en monoculture, qui sont aussi les plus polluantes et les plus spécialisées. Le système des aides incite donc les agriculteurs à s’agrandir toujours plus, pour produire toujours plus et épandre toujours plus de pesticides.

Pour l’instant, la première proposition de la Commission prévoit une décentralisation des décisions, laissant aux États le soin de mettre en oeuvre les objectifs fixés, notamment environnementaux, et une baisse de 12 % du budget (en raison du Brexit), qui affecterait principalement le « second pilier », qui subventionne notamment les mesures écologiques. Le nouveau Parlement qui sera élu le 26 mai, et la nouvelle Commission auront à trouver un accord dans les prochains mois.

La « marche contre Monsanto-Bayer » est prévue dans des dizaines de villes en France, et aussi devant les usines Monsanto de Saint-Andiol (près d’Avignon) et de Trèbes (près de Narbonne)

À Paris, la marche partira de la place de la République à 14 heures.

Des marches auront lieu à Agen, Blois, Bordeaux, Bourges, Caen, Chalon-sur-Saône, Châtellerault, Draguignan, Foix, Gap, Langouët, Lannion, Laon, La Roche-sur-Yon, Le Havre, Le Mans, Lille, Lorient, Lyon , Marseille, Montpellier, Rochefort, Saint-Malo, Saint-Nazaire, Strasbourg, Toulouse, Tours. Liste complète sur la page Facebook de la campagne.


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