La vraie révolution des Algériennes

Très remarquée, la mobilisation des femmes au sein du mouvement populaire parvient à donner voix à des revendications féministes. Non sans certaines crispations.

F LN dégage ! » Et, depuis deux ou trois semaines, de plus en plus, « Gaïd Salah dégage ! », ciblant le puissant chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, devenu aujourd’hui l’homme fort du « système » à Alger, depuis qu’il a suivi la rue en poussant à la démission le président grabataire Abdelaziz Bouteflika, qui briguait un cinquième mandat. Les médias, notamment occidentaux, ont souligné l’importante présence des femmes dans les manifestations des fins de semaine depuis le 22 février. Notamment lors de celle du troisième vendredi, qui tombait le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. On parle de 20 millions d’Algériennes et d’Algériens dans les rues, dans des dizaines de villes du pays (1).

Cependant, quelle place les revendications féministes ont-elles dans ce que beaucoup, à Alger, nomment désormais « la révolution » ? Le premier vendredi, le 22 février, avait d’abord vu une mobilisation très majoritairement masculine et jeune, composée de beaucoup d’habitués des stades de football, avec leurs chants de supporters souvent cinglants et critiques à l’encontre du pouvoir. Mais dès le deuxième, le 1er mars, les femmes ont été très nombreuses à quitter leurs demeures pour rejoindre le mouvement. Les Algériennes ne sont sorties pour grossir les cortèges que lorsqu’elles ont eu l’assurance de leur sécurité dans la rue et que les manifestations ne se termineraient pas en émeutes, sachant combien, par le passé, tout épisode de violence urbaine était synonyme de répression aveugle et sanglante par la police, la gendarmerie et l’armée. Cette fois, rien de tout cela. Des scènes de fraternisation, dans la rue, entre la population et des membres des forces de sécurité ont même été notées à plusieurs reprises. Surtout, l’armée, par principe peu formée au « maintien de l’ordre », qui tira souvent « dans le tas » au cours des décennies passées, semblait se tenir à l’écart de toute velléité répressive.

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