UE-citoyens : L’impossible réconciliation ?

En s’abstenant ou en votant pour des partis anti-UE, les Français expriment leur défiance à l’encontre des institutions européennes, de leur modèle et même parfois de leurs valeurs.

I l n’est plus question de vaines paroles, mais d’un acte, d’un acte hardi, d’un acte constructif. La France a agi et les conséquences de son action peuvent être immenses. » La phrase est de Robert Schuman, le 9 mai 1950. Le ministre des Affaires étrangères se doutait-il alors qu’il engageait son pays pour des décennies dans une spirale de compromis, et ses gouvernements et ses habitants dans ce qui ressemble à un piège démocratique ? Espérons que non. 

Soixante-neuf ans après ce discours fondateur de la construction européenne, les citoyens qui la composent vont être appelés à voter pour élire leurs eurodéputés. Et l’addition risque d’être salée. Depuis 1979 et les premières élections des parlementaires européens au suffrage universel, la participation est allée décroissant (voir infographie ici)… Tout comme la défiance des électeurs à l’encontre d’une institution dont ils sont de plus en plus nombreux à se sentir exclus. En France, la tendance est la même, voire pire. Les partis eurosceptiques d’extrême droite, comme le Rassemblement national, mais aussi les Patriotes de Florian Philippot, l’UPR de François Asselineau ou Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, totalisent à eux seuls près de 30 % des intentions de vote (1). 

Les représentants politiques français ne manquent pas de mots pour critiquer cette construction politique sans équivalent : à droite, on dénonce une pression migratoire et des travailleurs détachés qui prendraient le travail des Français. À gauche, sur les mêmes faits, on ne dénonce pas les mêmes effets : le refoulement des migrants aux frontières, le (très mauvais) traitement des travailleurs détachés et la pression exercée par le libéralisme sur les économies nationales, le travail ou encore les services publics. Autant de critiques qui poussent les citoyens à rejeter en bloc l’institution, malgré ses réussites. Selon l’Eurobaromètre de la Commission européenne (2), seuls 33 % des Français interrogés affirment avoir « confiance » en l’Union et 70 % d’entre eux estiment qu’elle ne va pas « dans la bonne direction ».

Les raisons de ce désamour remontent, en France, aux années 2000. « Il y a un avant et un après le référendum de 2005 », indique Manuel Bompard, deuxième sur la liste de La France insoumise (LFI) pour les élections européennes du 26 mai. Après avoir voté pour le « non » à la Constitution européenne, les citoyens français se sont vu imposer un « oui », via le traité de Lisbonne, adopté de manière bien peu démocratique. « Avant 2005, les électeurs n’étaient pas spécialement favorables à l’Union européenne non plus, mais ils voyaient le verre à moitié plein, maintenant, il est à moitié vide », se souvient-il. 

Le moment de bascule dans l’opinion pourrait même être plus ancien. « La véritable fracture, notamment avec les classes populaires, c’est le vote du traité de Maastricht », avance l’ancien eurodéputé socialiste Emmanuel Maurel, désormais n° 6 sur la liste LFI. Adopté à 51 % par référendum en 1992, ce traité structurait l’Union européenne autour de trois piliers, instituait une citoyenneté européenne, renforçait les pouvoirs du Parlement et donnait (surtout) naissance à une union économique et monétaire. En 1997, les politiques de gauche ont raté le coche. « Sur les 15 États membres, 13 étaient dirigés par des gouvernements sociaux-démocrates, et rien n’a été fait ! », déplore Emmanuel Maurel. « La social-démocratie a eu les moyens de s’opposer au néolibéralisme mais a préféré donner des instruments au capitalisme », renchérit Guillaume Balas, eurodéputé de Génération·s et n° 3 sur la liste de Benoît Hamon.

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