New Look liquidé : les salariés occupent quatre magasins

Les 353 salariés de la chaîne d’habillement craignent que la maison mère anglaise échappe à sa responsabilité sociale. Ils s’en remettent aux politiques.

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Lassés par une crise qui n’en finit plus et des tergiversations sans fin, livrés à eux-mêmes dans des magasins désertés par les marchandises et les clients, une partie des 353 salariés de New Look ont engagé le 21 juin une dernière bataille, pour tenter d’obtenir des conditions de départ dignes.

Bientôt un an après le début de la fin, la liquidation de la filiale française de la chaîne d’habillement doit être prononcée par le tribunal de commerce de Paris, ce 26 juin. Faute de repreneur, au terme d’une période d’observation de deux mois. Le mandataire judiciaire aura 21 jours pour dessiner un plan social en urgence, en piochant dans les 6 millions d’euros de trésorerie laissés par le groupe anglais, qui semble avoir tout fait ces dernières semaines pour vider les caisses.

Les magasins ne sont plus approvisionnés et ont été vidés de leur marchandise par des promotions à – 60 %. « On ne sait même pas ce qu’on est censé faire de nos journées. La seule chose que l’on devine, c’est qu’ils veulent se débarrasser de nous », commente Cynthia, manageuse rincée, devant sa boutique du quartier Bastille à Paris, lundi.

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En mars, les salariés ont en effet découvert des impayés de loyers ou d’Urssaf, en même temps qu’ils obtenaient confirmation que leur marchandise était facturée au prix fort par les Anglais avec des prix de « transfert » en forte augmentation en 2018, qui ont précipité la filiale française vers la faillite. Le mandataire judiciaire devra donc arbitrer entre l’indemnisation des salariés et le remboursement d’une ardoise de 11 millions d’euros laissée par la maison mère.

Vendredi 21 juin, les salariés de quatre magasins (Rouen, Calais, Brest et Paris Bastille) ont décidé d’occuper les locaux jour et nuit pour attirer l’attention et accroître la pression, avec l’appui du syndicat Sud Commerce. Ils comptent mettre la direction britannique devant ses responsabilités. Car c’est elle qui opère dans les moindres détails, met à jour le logiciel de facturation, gère les approvisionnements et fixe les prix sur l’étiquette. « Pour changer une ampoule, nous devions en faire la commande à la direction anglaise, qui nous la facturait 110 euros. Sachant que nous en changeons une cinquantaine par mois, pour les vitrines, la facture grimpe rapidement », s’agace Karim, directeur du magasin de Paris Bastille, ce lundi soir devant la boutique.

Ces salariés comptent notamment sur les relais politiques dans l’opposition et sur les services de Bercy, qui suivent le dossier, pour obtenir de New Look et du mandataire social une sortie de crise avantageuse.

Dans un courrier à ses salariés français, la direction du groupe New Look a réfuté des « allégations sans fondement » et argue des « très graves difficultés financières rencontrées par le groupe New Look dans son ensemble ». Elle écarte la demande de moyens financiers supplémentaires pour abonder le plan social et donne rendez-vous à ses salariés en justice, en cas de poursuite de leur part, regrettant une « stratégie de litige agressive ».

Le brouillard reste en revanche épais concernant la comptabilité de l’entreprise, dont les comptes pour l’année 2017 n’ont toujours pas été certifiés par un commissaire aux comptes.

Mise à jour, le 9 juillet : Le syndicat sud commerce annonce que « le comité d’entreprise de New Look a approuvé avec le liquidateur un plan social d’un montant total de 2,5 millions sur les 5,5 millions de trésorerie restants de l’entreprise, le surplus revenant de droit au régime de garantie des salaires (AGS). A ce plan, qui compte six mesures d’accompagnement, vient s’ajouter la prise en charge d’un cabinet de reclassement par le ministère du Travail.» Il salue une victoire et annonce des actions en justice, notamment pour faire reconnaître des « éventuelles fraudes au droit français. »

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