Une journée, trois défaites face à l’extrême droite

Benjamin Lucas évoque trois faits qui sont comme trois coups de poignards portés à la lutte contre l’extrême droite, et qui marquent sa banalisation.

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Nous apprenions hier que des parlementaires LR ont taillé le bout de gras avec Marion Maréchal pour évoquer des convergences de fond en vue d’une reconstruction de la droite par son extrême et en passant la digue républicaine par pertes et profits.

Il y a plusieurs années, un élu de la droite républicaine se vantant de parler de ses convergences avec une figure de l’extrême droite aurait immédiatement été exclu et dénoncé par tous les républicains avec une redoutable fermeté. Aujourd’hui, pas d’exclusion, tout juste des remontrances.

Le même jour, la révélation de l’invitation par le Medef de cette même Marion Maréchal aux universités de rentrée de l’organisation patronale est venue constituer une première historique.

Quand de Gaulle dit à une délégation de patrons reçus juste après la Libération « je n’ai vu aucun de vous, messieurs, à Londres », pouvait-il imaginer que, plusieurs décennies après, le « patron des patrons » offrirait une tribune à l’une des héritières politiques de Vichy ? Si l'invitation a été retirée ce matin, c'est qu'elle avait bien été formulée. Par ailleurs, son retrait n'est dû, de l'aveu même du président du Medef, qu'à « l'interprétation politique » qui en est faite, pas à sa nature même.

En juin 2019, ces deux évènements sont commentés comme de banales intrigues politiciennes. Quelques minutes sur les chaînes d’information en continu, quelques tweets et on passe à l’affaire suivante. On regrette, on condamne avec politesse, mais on ne s’indigne pas. On ne s’indigne plus. On se résigne.

Presque par hasard, toujours le même jour, on apprend dans un article du Monde que les groupes conservateur, social-démocrate, libéral et vert s’apprêtent à céder au groupe salvino-lepeniste au Parlement européen la possibilité de concourir pour obtenir des postes de pouvoir à Strasbourg. Là encore, c’est une première historique.

Trois actualités, trois coups de poignards portés à la lutte contre l’extrême droite. Adversaires résolus de ce qui fonde les valeurs de la République ou celles de l’Europe, les nationalistes se voient en une journée, dans un silence quasi général, installés dans le confort des notables d’un système qui s’accommode si bien d’eux.

Cette banalisation marque la plus éclatante victoire de l’extrême droite et vient conforter son succès dans les urnes. Elle complique la tâche de ceux qui, chaque jour, démasquent et combattent les projets et les politiques racistes et brutales de ce mouvement politique. Pire, elle fait gravir une marche de plus aux nationalistes français vers le pouvoir.

Puisque la droite se fissure et fissure la digue républicaine, c’est à la gauche de se montrer à la hauteur du combat qui s’annonce et d’empêcher le duo mortifère entre Emmanuel Macron et la famille Le Pen. Puisque le patronat déroule un tapis brun à la porte-parole d'un fascisme new look, c’est au mouvement social, à la société engagée de tenir bon, de construire partout la vigilance et la résistance à cette peste nationaliste et raciste.

Le premier combat contre le fascisme, c’est bien celui de la vigilance. S’endormir maintenant serait une faute. Nous ne pouvons faire l’économie d’un réveil des consciences, pas suffisant mais nécessaire et d’une mobilisation, partout où nous sommes, pour barrer la route par tous les moyens que nous offre la démocratie, à ses adversaires. Puissions-nous avoir la même résolution à préserver la République de l’extrême droite qu’elle en a pour l’abîmer. Au regard de l’abandon des droites politiques et économiques, qui n’est pas une première dans l’histoire, cette lutte ne peut gagner qu'avec nous, la gauche et les écologistes.

Benjamin Lucas est secrétaire général de Génération.s, ancien président du MJS


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