Hakim Djaziri, voie off

L’auteur-acteur de Désaxé retrace la radicalisation d’un jeune homme puis sa sortie du piège.

Hakim Djaziri a 38 ans, et déjà toute une vie haute en couleur, en malheur et en fureur. L’écriture et le théâtre l’ont arraché au piège des extrêmes. Il a une présence d’acteur très originale et le metteur en scène Quentin Defalt a su monter son premier texte dans un style qui échappe au réalisme du premier degré. Nous avons rencontré l’auteur-acteur et le metteur en scène peu avant leur arrivée à Avignon, dans un moment où les écrits d’Hakim sortent de l’ombre et intéressent même certaines universités américaines.

La pièce d’Hakim Djaziri s’inspire de son enfance en Algérie, de son arrivée en France, de l’installation de la famille à la cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois, de son ­enrôlement dans le radicalisme religieux, jusqu’à des projets de départ pour le Moyen-Orient et, enfin, de son refus de cette violence-là.

Le personnage de Désaxé, c’est vous-même ?

Hakim Djaziri : C’est plutôt un autre. Il n’a pas de nom, et c’est un dialogue entre un jeune homme et un vieil homme. Mais c’est mon propre parcours, ce que j’ai fait, dans la marge, de 13 ans et demi à 20 ans. Il m’a fallu réparer tout le mal que j’avais fait à mes proches. Et il fallait que je me débonde par l’écriture, que j’exprime ma colère.

Et les personnages dont vous parlez sont des gens que vous avez connus.

H. D. : La part familiale est authentique. Mon père était haut fonctionnaire en Algérie. Nous avons dû partir en France. À Aulnay, il a d’abord vendu des shampoings sur les marchés avant de fonder une petite société ­d’import-export. Ma mère, psycho­logue, s’est engagée dans l’alphabétisation. Moi, j’ai fréquenté les gens qui m’ont fait prier et m’ont radicalisé. Ce sont des personnes que je ne vois plus. Certains s’en sont sortis. L’un de mes recruteurs est éducateur !

À quel moment avez-vous changé, jusqu’à écrire Désaxé ?

H. D. : J’étais pris dans l’embrigadement religieux, mais, à l’époque, on ne partait pas en Syrie. Je m’étais mis à me poser beaucoup de questions. Le texte est né de ce questionnement. Si je n’avais pas rencontré le théâtre, je ne sais pas comment j’aurais évolué. J’étais au milieu de gens très convaincus et très convaincants. J’ai senti le besoin d’explorer ma vie à travers un acte théâtral. Je sentais un besoin d’exposer cela, que j’avais beaucoup à dire sur la rupture identitaire. Désaxé, c’est l’histoire d’un homme qui sort de son axe.

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