Dossier : Zones commerciales inutiles : Laisse béton

La culture Disneyland contre l’humus du Triangle

Face au projet Europacity, mêlant loisirs et commerces au nord de Paris, les opposants proposent un périmètre agricole exemplaire et rêvent d’une mobilisation comme à Notre-Dame-des-Landes.

Ce 13 juillet, on prend conscience, au sein du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), que les actions de résistance vont devoir rapidement monter d’un cran. Fin juin, a été donné le coup d’envoi des travaux de construction d’une gare en plein champ. Son unique vocation : desservir Europacity, un méga-complexe de commerces et de loisirs de 80 hectares, projeté par le groupe Auchan associé au conglomérat chinois Wanda, sur le périmètre du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), entre les aéroports du Bourget et de Roissy. Des militants ont en vain tenté d’entraver les pelleteuses, et le rassemblement de ce 13 juillet visait à resserrer les rangs et à préparer les mobilisations de la rentrée. Le point de rendez-vous, sur un chemin rural en bordure de parcelles de maïs, se trouve au cœur d’une zone d’aménagement (ZAC) projetée de 300 hectares qui, outre Europacity, comporterait notamment 130 hectares de bureaux. Un investissement privé de 3,1 milliards d’euros, le plus important en France depuis Disneyland en 1992, vante le géant Wanda. Horizon de réalisation : 2027.

La petite troupe d’une soixantaine de militants déambule pour prendre connaissance des stigmates du démarrage des opérations de génie civil. Une grosse saignée a été pratiquée au milieu des maïs. La terre brune et grasse révèle une fertilité reconnue par les agronomes. L’humus des sols du Triangle de Gonesse, par son épaisseur, retient l’eau sans difficulté. Durant la canicule, on n’a pas arrosé le maïs.

Le chemin rural enjambe une voie rapide. Deux banderoles ont été accrochées sur le parapet : « Non à Europacity.com ». Brève lecture de terrain. Au nord, l’emplacement potentiel de la gare. Côté sud de la voie rapide, il faut imaginer des centres commerciaux à la place des céréales. « Auchan, qui vient de fermer trois hypermarchés, veut en ouvrir de nouveaux sur des terres agricoles ! » dénonce un militant gonessien. Sous la passerelle, des véhicules encouragent du klaxon.

Une décision de justice occupe les conversations : le tribunal de Versailles vient de rétablir, deux jours plus tôt, la validité de la création de la ZAC, suite à l’appel formulé par l’aménageur Grand Paris aménagement. « Curieux, non ? Cette décision tombe juste après les premiers travaux de la gare… » souligne Jean-François Pellissier, co-porte-parole du mouvement Ensemble !.

En mars 2018, le tribunal de Cergy-Pontoise avait cassé l’arrêté préfectoral créant la ZAC, estimant lacunaires les analyses d’impact climatique du projet. En particulier, les émissions de CO2 dues au déplacement des visiteurs d’Europacity – 31 millions par an projetés – n’étaient pas prises en compte. Mais, pour la cour d’appel de Versailles, cette demande est hors cadre de l’étude d’impact, qu’elle juge limitée aux atteintes locales sur l’environnement et la santé humaine.

« Une vraie surprise, un cas rare, car le tribunal suit très régulièrement l’avis du rapporteur public, qui avait confirmé la décision de première instance, commente Bernard Loup, animateur principal du collectif CPTG, traduisant le sentiment d’indignation générale. Nous irons en cassation, et jusqu’à la Cour européenne s’il le faut. »

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