La Seine-Saint-Denis en guerre contre l’État

Contre les inégalités territoriales, des élus du département ont décidé de saisir la justice pour obliger la puissance publique à prendre les mesures nécessaires.

n a décidé de se jeter à l’eau pour en entraîner d’autres : la Seine-Saint-Denis est la tête de gondole de ce combat ! » a lancé le maire (PCF) de La Courneuve, Gilles Poux, lors des Assises pour l’égalité territoriale qu’il organisait le 27 juin dans sa mairie. « Nous allons monter en puissance », a averti l’édile avant de lancer : « Quand, dans les quartiers nord de Marseille, les dealers prennent la place de l’État pour organiser des activités sociales, on voit bien qu’on bascule ! »

À La Courneuve ce jour-là, plusieurs élus – principalement de gauche – sont venus montrer leur soutien, confier leur analyse et s’inscrire dans le bras de fer avec l’État. Clémentine Autain, députée Ensemble-LFI, Stéphane Peu, député PCF, Philippe Rio, maire PCF de Grigny (Essonne), Marie-George Buffet, députée PCF, Azzedine Taïbi, maire (PCF) de Stains, Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental… Tous s’alarment de l’accroissement des inégalités et multiplient les mobilisations.

Gilles Poux a ainsi publié en avril un atlas dans lequel il dresse un portrait détaillé de sa commune et des inégalités structurelles qu’elle subit. On peut y lire que son taux de pauvreté est trois fois plus élevé qu’au niveau national et que, pourtant, les crédits « politique de la ville », censés compenser les inégalités sont de 28 euros pour chaque Courneuvien, quand ils sont de 42 euros par habitant au niveau national…

Cette étonnante disparité illustre parfaitement les conclusions d’un rapport parlementaire de mai 2018, dans lequel deux députés, François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM), dénoncent une « République en échec » dans le département de Seine-Saint-Denis. « C’est criant dans des domaines comme la justice ou la police : l’État ne met clairement pas les mêmes moyens qu’ailleurs et les problèmes s’accumulent, s’alarme François Cornut-Gentille, élu de Haute-Marne, qui n’a pu être présent à La Courneuve pour des raisons d’agenda. Entre les soucis de recrutement à l’école, l’ampleur phénoménale de l’économie souterraine, des trafics de drogue, des marchands de sommeil… on n’a plus les bons outils pour faire face. Il faut gérer l’urgence, mais aussi repenser en profondeur nos moyens d’action. » Après la publication de ce rapport, le Premier ministre, Édouard Philippe, a demandé au préfet de Seine-Saint-Denis de faire des propositions d’action. Pour Clémentine Autain, ce rapport déconstruit aussi un fantasme : « On nous faisait croire que l’État déversait des tonnes d’argent sur ce département, or ce rapport démontre bien qu’il en met moins ici qu’ailleurs ! Il y a aussi une question liée à l’argent », clame-t-elle sur la scène courneuvienne.

La judiciarisation

Quand, à l’été 2018, Azzedine Taïbi, maire de Stains, découvre ce rapport, il tombe de sa chaise : « Enfin des parlementaires – même pas issus de ma sensibilité ! – écrivent noir sur blanc ce que l’on crie depuis des années : l’État est défaillant et ne répond pas aux exigences d’égalité. »

Il reste 66% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents