« Le décalage entre dirigeants et écologues est immense »

Étudiant, Paul Clévy mixe un cursus de biologie avec les sciences politiques. Pour rapprocher les savoirs, mais aussi montrer que la réponse aux enjeux doit être globale.

À 19 ans, Paul Clévy assume son rôle de scientifique en devenir et de militant. Sa sensibilité à l’environnement est née dans sa Provence natale et est restée ancrée en lui, jusqu’à servir de boussole pour son cursus scolaire, son avenir professionnel et ses engagements citoyens. Passé au lycée par sa phase environnementaliste prônant les écogestes, il a basculé vers l’écologie politique, « celle qui a un projet systémique en traitant les causes, dont le capitalisme », participant à des manifestations, des actions de désobéissance civile… Étudiant, il est en deuxième année d’un double cursus : la majeure « politique et gouvernement » à Sciences Po-Paris et une licence de biologie à Sorbonne Université. Son sujet de recherche : les verrouillages de la transition écologique en France. Vaste sujet !

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Pourquoi était-ce une évidence de lier les sciences sociales et la biologie dans votre cursus universitaire ?

Paul Clévy : C’est indispensable pour comprendre le monde qui nous entoure dans sa globalité. Il n’y a pas d’un côté le système naturel et de l’autre les sociétés humaines. Nous vivons dans des socio-écosystèmes dans lesquels tout s’imbrique, où il est illusoire de penser nature et culture comme séparées. Par exemple, l’alimentation liée à l’agroécologie ne peut s’envisager sans la dimension politique de gouvernance alimentaire. Malheureusement, je déplore qu’il n’y ait pas assez de transdisciplinarité : la biologie reste d’un côté, les sciences sociales de l’autre, et nous devons établir les liens nous-mêmes.

C’est un peu le reflet de ce qui se passe au sein de l’administration et de la sphère politique…

Le décalage entre les dirigeants, qui ont des connaissances techniques sur la finance ou les stratégies publiques, et les spécialistes des écosystèmes est immense, rien qu’en termes de langage. Le terme « résilience », le b.a.-ba de l’écologie, reste encore inconnu de nombreux élus ou hauts fonctionnaires, alors que les problèmes de gestion des ressources naturelles viennent de cette logique de productivité incitant à prélever au maximum avant destruction de l’écosystème. Les écologues, eux, savent qu’il n’est plus possible de penser ainsi, car en nous approchant trop près de certaines limites, nous atteindrons un point de non-retour. C’est ce qu’on appelle les effets de seuil.

Comment l’évolution de votre engagement écologiste a-t-elle influencé votre orientation professionnelle ?

Je voulais travailler dans l’aéronautique pour réduire l’empreinte écologique des avions. Un projet en adéquation avec la position environnementaliste que je défendais au lycée. Je réfute désormais cette vision très technologiste, car le secteur de l’aéronautique reste très polluant et incompatible avec les limites planétaires. Puis j’ai envisagé une carrière de haut fonctionnaire au ministère de la Transition écologique, par exemple. Mais j’ai réalisé que l’administration est un milieu très verrouillé, avec une vision trop « en silo ». Lors d’un stage au service biodiversité de la région Île-de-France, j’ai vu qu’il se retrouvait souvent en contradiction avec le service agriculture. J’ai pris conscience que ce n’est pas là que j’aurai le meilleur impact. J’envisage de revenir à une échelle plus locale, vers des savoir-faire plus concrets comme la restauration écologique, dans la perspective de développer l’agroécologie ou dans l’adaptation des territoires aux risques environnementaux.

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