Plus d’excuses

Pour Martin Page, « parler de bien-être animal dans les abattoirs est de la pure propagande ».

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L’autre jour, tavu : Politis a publié en ligne (1) une tribune surtendue du politologue Paul Ariès, qui répétait là pour la énième fois que les véganes sont « des idiots utiles du capitalisme » et que, si t’es de gauche, tu dois plutôt continuer à manger de la viande, mais en exigeant qu’elle soit élevée, puis tuée (puis découpée) avec amour, dans des jolies fermes, par des paysan·ne·s charitables – et en la mâchant lentement, steuplaît, sinon t’es pas slow food (2). Est-ce que ça m’a énervé de lire ça ? Quelque peu.

Puis, juste après, tarevu : Politis a publié dans le courrier des lecteurs de la semaine dernière une lettre de Jean-Claude, qui commençait plutôt bien puisqu’il trouve lui aussi que Paul Ariès développe « une vision bien trop idyllique de l’élevage paysan », mais qui finissait supermal par cette proclamation (que je vais essayer de recopier sans m’étrangler) : « Pour être un écologiste responsable, il faut être spéciste, quitte à assumer pleinement la position unique de l’homme (3) dans le monde vivant. » Est-ce que ça m’a énervé de lire ça (juste après que ça venait déjà de m’énerver quelque peu de lire la tribune de Paul Ariès) ? Considérablement (4).

Mais à quelque chose malheur est bon (comme disait un éleveur gentil en constatant que l’immolation de l’attachante Pâquerette allait tout de même lui rapporter un petit pécule). Car il y a un moment que je voulais te parler de Martin Page, écrivain, dont les livres sont ravissants (5), et qui en a précisément consacré un (6) au récit de sa transition vers le véganisme – dont je voudrais, pour finir, te soumettre cet extrait, où nous pourrions presque trouver, en méditant sa conclusion, quelque chose comme une boussole : « Il n’y a pas de viande heureuse, tuer sans douleur n’est pas possible, parler de bien-être animal dans les abattoirs est de la pure propagande. Un agneau qui est tué pour être servi à table n’a que faire de nos bons sentiments. Défendre les petits producteurs, défendre l’abattage à la ferme, c’est toujours trouver des excuses pour continuer l’abattage des animaux. In fine_, ça favorise l’industrie, car le discours général ne change pas : on a le droit de tuer les animaux pour notre simple plaisir gustatif. La défense d’un soi-disant élevage respectueux des animaux n’est qu’un moyen de soulager la conscience de ceux qui ont les moyens de manger cette viande. C’est un privilège de classe. […] _Il ne doit plus être possible de dire qu’on aime et dans le même temps de blesser, maltraiter, tuer. C’est ce système de pensée, l’ennemi. »


(1) www.politis.fr, le 24 juin.

(2) Je résume un chouille, mais le gars dit à peu près ça – sauf pour le slow chewing, j’avoue.

(3) Et de sa femme ?

(4) J’espère – et escompte – d’ailleurs que quelqu’un·e de mieux rompu·e que je ne le suis à ces discussions viendra prochainement répondre à tout cela.

(5) Le dernier paru, drôle, important et passionnant, questionne une autre norme, sexuelle. Au-delà de la pénétration– c’est son titre – peut être commandé sur www.monstrograph.com

(6) Les animaux ne sont pas comestibles, Marabout, 2018.


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