« Rêves de jeunesse », d'Alain Raoust : l’écart du monde

Dans Rêves de jeunesse, Alain Raoust met en scène, au sein du magnifique arrière-pays niçois, des personnages qui se cherchent un avenir.

Salomé (Salomé Richard) a accepté comme job d’été de surveiller une déchetterie dans un petit village de l’arrière-pays niçois. Qu’est-ce que cela témoigne d’elle ? Qu’elle « en veut », comme le déclare la maîtresse des lieux en accueillant la saisonnière ? Ou que celle-ci est un peu paumée, ainsi que le lui dira plus tard Jessica (Estelle Meyer), plus observatrice ? Un lieu singulier, cette déchetterie : composée de trois bennes aux couleurs différentes et suggestives, l’une bleue, une autre blanche, la troisième rouge. L’essentiel de Rêves de jeunesse se déroule dans ce décor très cinématographique et propice aux symboles : rebut national, cimetière de notre société de consommation, potentiel de recyclage ou de nouvelle vie…

Cette déchetterie en recèle un autre, de symbole, qui résonne avec le titre du quatrième long métrage d’Alain Raoust : la fin d’un rêve. Celui du garçon qui y travaillait auparavant, et dont l’empreinte est encore fraîche. Sont toujours présents, comme s’il avait dû les abandonner rapidement, ses livres (au contenu politique), ses disques (des vinyles de Television, des Stooges, de Jacno…) et sa salopette de travail, que Salomé, sans le savoir, a revêtue à son tour. Ce jeune homme, prénommé Mathis, est récemment décédé, tué par une grenade de désencerclement qui s’est logée dans son sac à dos alors qu’il participait à une action dans une ZAD. Salomé a bien connu Mathis, elle a été naguère sa petite amie quand elle habitait encore la région. Elle y retourne alors qu’elle ne sait pas encore qu’il vient de mourir. Ce ne sont pas seulement les rêves d’une société meilleure, d’une rébellion permanente et d’une alternative à la vie capitaliste qui se sont évanouis avec sa disparition. Ce sont aussi ceux d’une jeunesse. Leur jeunesse.

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