Effondrement et justice sociale

Appeler à une alliance impossible entre écologie et capitalisme, c’est accélérer la chute.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Le thème de l’effondrement est le nouveau sujet écologiste à la mode, abondamment traité par les médias. L’enjeu d’un possible effondrement de nos sociétés est sérieux. Yves Cochet le définit comme « un processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi (1) ».

La question est d’ailleurs très bien documentée scientifiquement. Jared Diamond l’a popularisée en 2005 avec son livre Effondrement, dans lequel il décrit précisément des chutes de civilisations comme à l’île de Pâques ou chez les Mayas. En 2012, la revue Nature publie un article décrivant les différents scénarios d’effondrement de la biosphère (2). Cette thématique a même suscité un nouveau domaine de recherche, la collapsologie. L’effondrement à venir est donc un fait objectivé (3). Les différentes armées dans le monde (Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni, France…) s’y préparent depuis longtemps. En 2003, le département de la Défense américaine a publié un rapport qui examine les implications des dérèglements environnementaux sur la sécurité nationale ainsi que les risques de déstabilisations locales et internationales.

De l’extrême droite à l’extrême gauche, le sujet est débattu. Entre ceux qui voient la possibilité de développer une société débarrassée des populations surnuméraires grâce à un survivalisme guerrier et ceux qui imaginent la fin du capitalisme, les interprétations sont multiples. Mais une vision s’impose : l’urgence de la situation nécessiterait de dépasser le clivage gauche-droite pour une action au-delà des partis.

Or il faut lier résilience et impératif de justice sociale. La question sociale ne doit pas être secondaire, mais centrale. L’humanité va se trouver confrontée à un moment singulier de son histoire, au risque de sa disparition ou, plus exactement, de l’implosion de ses sociétés du fait d’un accroissement exponentiel des inégalités entre une minorité qui pourra se replier sur elle-même et gérer la pénurie et le dérèglement des écosystèmes, et une majorité confrontée à une lutte sans merci pour sa survie. La minorité, propriétaire de ressources devenues rares, privatisera la violence légitime pour se garantir la possibilité de vivre « comme avant ».

Plus que jamais, il faut engager un combat qui ne doit pas se réduire à des discours et actions sur l’adaptation. Réduire les inégalités et maîtriser son environnement est la seule manière d’assurer l’émancipation de la plus grande partie de l’humanité. Ne pas le faire, se contenter d’un appel à une alliance impossible entre une transition écologique douce et un capitalisme rénové, c’est accélérer le processus qui nous conduira sans nul doute à la chute douloureuse et violente de nos sociétés. Nous en serons les premières victimes, à nous donc de réagir maintenant en mettant en place des politiques radicalement écologistes.

(1) « Faire société face à l’effondrement », sur institutmomentum.org, 4 juin 2016.

(2) « From approaching a state shift in Earth’s biosphere », A. D. Barnosky et al., Nature, n° 7401, p. 52-58.

(3) Pour aller plus loin, voir « Effondrement ou bifurcation ? », Le Bruit des arbres.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents