Juliette Rousseau : « Construire plus de solidarités face à la répression »

Auteure d’un essai sur les complicités en politique, Juliette Rousseau interroge ici les conditions d’une véritable convergence des luttes.

C’est un joli mot, « complicité ». Et il appelle sous la plume de Juliette Rousseau, qui a publié en 2018 Lutter ensemble. Pour de nouvelles complicités politiques (1), une relation entre des collectifs en lutte qui dépasse la simple convergence d’intérêts pour embrasser la vraie camaraderie et la prise de risque. C’est toujours via des liens d’amitié que cette essayiste et militante, coordinatrice de Coalition Climat 21 (rassemblant des mobilisations pré-COP 21 en 2015) a rencontré et accompagné des groupes en lutte comme Sisters Uncut, collectif britannique de femmes victimes de violences, Lallab, collectif de féministes non blanches, le Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE), plusieurs collectifs Palestine, etc.

Se présentant comme une « femme cisgenre blanche, éduquée et valide » pour marquer ses positions de domination comme d’autres déclareraient leurs conflits d’intérêts, elle s’est également intéressée au sexisme et à la blancheur à la ZAD et dans le mouvement de lutte anti-aéroport à Notre-Dame-des-Landes ainsi qu’au phénomène de mansplanning (ou « mecxplication », en français) « qui coiffe joliment l’assurance toute masculine qui consiste à se poser en indéboulonnable sachant », écrit-elle.

Proche du mouvement écoféministe, inspirée par le féminisme décolonial, et défendant le féminisme comme manière de structurer les luttes, Juliette Rousseau se livre également à une critique assez sévère du mouvement climat. Elle participera le 28 septembre (voir en bas de page) à une rencontre avec le collectif InterUrgences, les femmes de chambre grévistes d’Ibis-Batignolles, les enseignants contre Blanquer, l’auteure-illustratrice Emma et la metteuse en scène Mirabelle Rousseau sur le thème : « Prolétaires de tous pays, qui lave vos chaussettes ? »

Comment analysez-vous l’évolution des convergences et divergences entre les mouvements sociaux et une galaxie de militants pour le climat qui s’est modifiée depuis 2015 et se radicalise pour une part ?

Juliette Rousseau : L’idée de « convergence » telle qu’elle est posée en France ne me paraît pas forcément désirable en ce sens qu’elle ne permet pas souvent de penser ce qui relève des mécanismes de domination entre des groupes supposés converger. La complicité politique suppose une relation et une prise de risque pour soutenir une lutte, et non pas seulement un geste pour converger vers des intérêts communs. Marquées par une forte homogénéité sociale et raciale, les mobilisations pour le climat sont longtemps passées complètement à côté de celles des gilets jaunes, alors même que celles-ci gagnaient en ampleur.

La relation à l’objet de la lutte est très différente : les personnes qui exigent des politiques climatiques en France sont mues par la conscience de quelque chose qui ne va pas mais n’en souffrent pas dans leur chair. Du côté des gilets jaunes s’exprime un sentiment d’urgence immédiate qui a à voir avec une exigence du quotidien. Le sentiment d’urgence s’exprime aussi chez les militants du climat, mais d’une façon plus déconnectée, les gens qui meurent vraiment du changement climatique aujourd’hui étant finalement assez loin, tant géographiquement que dans la lutte. En outre, les marches climat s’en tiennent encore à des revendications vis-à-vis de l’action gouvernementale, et les tentatives d’établir un lien avec d’autres mouvements sociaux restent faibles.

Quels débuts de changements observez-vous ?

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