Que puis-je faire pour limiter les dégâts ?

Le troisième procès d’une longue série intentée contre les « décrocheurs » protestant contre l’inaction climatique a débouché sur une relaxe courageuse. À chacun de se demander, maintenant, quels actes décisifs il peut poser.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Lundi 16 septembre, un juge de Lyon (1) a ordonné « la relaxe au bénéfice de l’état de nécessité et pour motif légitime » de deux activistes d’ANV-COP 21, poursuivis pour avoir décroché un portrait officiel du président Macron dans le but de dénoncer l’inaction climatique du gouvernement. Ce jugement, relayé par les journaux, les radios et les télévisions françaises, est abondamment commenté et conduit même des ministres à critiquer publiquement une décision de justice, sortant ainsi de leur devoir de réserve lié au principe de séparation des pouvoirs.

Le troisième d’une longue série de procès (une vingtaine, devant s’étaler jusqu’en septembre 2020) intentés aux décrocheuses et aux décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron vient donc d’éclater à la figure du gouvernement. Cette décision met en lumière, aux yeux de l’opinion publique, le vrai bilan climat du gouvernement et les conséquences tragiques de son inaction.

L’État, bien sûr, a fait appel de cette relaxe, et on peut penser qu’elle sera cassée en seconde instance. Mais l’impact du jugement et de ses motivations (voir encadré ci-contre) marquera la bataille du climat, qui a justement décidé d’investir le terrain juridique – avec la procédure « l’Affaire du siècle » contre l’État pour « inaction climatique », des menaces de plaintes de maires contre la multinationale Total, etc.

Cette décision du juge de Lyon inspire deux réflexions. D’abord, elle valide le potentiel indéniable des stratégies 100 % non-violentes à partir du moment où elles sont déployées avec constance, cohérence et détermination. Ensuite, une série d’actions a priori purement symboliques interroge la société dans son ensemble et interpelle l’État de droit dans ses fondements mêmes. Le péril climatique est tellement imminent et décisif que l’inaction gouvernementale dans ce domaine peut justifier d’absoudre une action illégale visant à la dénoncer.

Cette relaxe et sa motivation constituent donc un acte courageux, à la hauteur du défi historique auquel nous avons à faire face, posé par un homme en situation de responsabilité, qui prend ainsi des risques évidents quant à sa carrière ou à sa réputation. Mais il le fait malgré cela, comprenant sans doute que chacun d’entre nous doit aujourd’hui répondre à une question lourde de sens. Et moi, que dois-je faire, que puis-je poser comme acte décisif, pour pouvoir me regarder dans un miroir dans vingt ou trente ans, quand ce que nous aurons fait – ou pas – aura contribué – ou non – à limiter les dégâts du dérèglement climatique en cours d’accélération et d’aggravation ?

Cette question, et la réponse que vient d’y apporter ce juge, interpelle toutes les personnes en situation de responsabilité. Quel acte d’ampleur, quel geste de rupture, quelle décision individuelle, forte et courageuse, prendront, maintenant, sans plus attendre, chaque élu·e, chaque personne en situation de responsabilité dans une entreprise, une administration, une institution, chaque dirigeant·e d’association, de parti ou de syndicat, chaque journaliste, enseignant·e, leader d’opinion… ? Les réponses individuelles à cette question peuvent, mises bout à bout, peser beaucoup dans la bataille actuelle, dont dépend rien de moins que le sort de l’humanité.

Txetx Etcheverry Cofondateur d’Alternatiba, militant de Bizi ! et d’Action non-violente-COP 21.

(1) Et pas n’importe lequel. Marc-Emmanuel Gounot est secrétaire général de l’Association française des magistrats instructeurs (Afmi). Cette association professionnelle, apolitique, indépendante, est fréquemment consultée par les pouvoirs publics sur les projets de réforme pouvant intéresser l’instruction et les magistrats instructeurs. Magistrat reconnu et respecté par ses pairs, il est partout décrit comme « un juriste respectueux des textes », « extrêmement rationnel », « accessible mais discret », selon le quotidien Le Parisien.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents