La Russie privatise les mers arctiques pour y chercher du pétrole

Une décision de ses parlementaires russes qui veulent ignorer les risques de marée noire dans des mers froides.

Claude-Marie Vadrot  • 20 décembre 2019
Partager :
La Russie privatise les mers arctiques pour y chercher du pétrole
© Photo : Vue du puit Tsentralno-Olginskaya-1, en décembre 2017. C’était alors le puit le plus au nord du plateau arctique russe dans la zone extra-côtière de la mer de Laptev (Press-service of Rosneft/Sputnik / AFP)

Dans son édition du 17 décembre un journal norvégien en ligne, The Barents Observer,_ révèle que la Russie est en train de développer ses recherches et ses forages pétroliers dans les mers situées au nord de la Sibérie. Ce journal, publié en anglais et en russe depuis 2002 est considéré comme le meilleur observateur de ce qui se passe en matière d’environnement et d’écologie chez son grand voisin. Au point qu’il provoque souvent de véhémentes protestions de la part des autorités russes et qu’à plusieurs reprises le FSB (issu du célèbre KGB), a demandé à la Norvège de l’interdire de parution, notamment lorsqu’il a révélé la mise à en marche la première centrale nucléaire flottante du monde. Ce qui a été ignoré par le gouvernement norvégien qui a expliqué que cette publication indépendante à but non lucratif était libre et ne dépendait pas des autorités norvégiennes.

Dans sa dernière édition, le Barents Observer, explique donc que depuis le mois d’octobre le ministère des Ressources naturelles de Moscou, appuyé sur une nouvelle législation adoptée récemment par la Douma (chambre des députés), délivrait de nouvelles autorisations de forage et d’exploitation pétrolière dans la partie des océans arctiques laissée libre de glace et de banquise par le réchauffement climatique. Qu’il s’agisse des espaces maritimes situés dans ses zones territoriales ou dans les mers relevant du droit international et désormais accessibles. Une décision confirmée il y a quelques jours par le ministre Evgueni Tanin, expliquant pour se justifier que « tous ces espaces étaient géologiquement très riches en promesses d’hydrocarbures ».

Des millions de tonnes de pétrole

Les réserves de cette région qui va de Mourmansk au Kamchatka se monteraient pour l’instant, d’après la Russie, à au moins 500 000 tonnes de pétrole et à 13 milliards de mètres cubes de gaz puisque la zone désormais accessible aux compagnies pétrolières russes couvre tous les espaces qui sont désormais libres de glace une bonne partie de l’année. Alors que le changement climatique observé au cours de l’année 2019 par les satellites d ‘observation n’a jamais laissé libre une telle surface des mers arctiques depuis 41 ans de surveillance. Tout simplement parce que le réchauffement y approche désormais les 3°, ce qui est largement supérieur à la moyenne de la planète. Dans la mer de Kara, où les recherches ont commencé, le réchauffement atteint même 4,77°C depuis une vingtaine d’années.

Les permis d’explorer et d’extraire couvrent pour l’instant 6 400 kilomètres carrés qui seront peu à peu étendus, avec un espoir de 80 millions de tonnes de pétrole brut. Avec au moins deux craintes exprimées par les spécialistes de cette vaste région. D’abord que le Russie « privatise » de fait le passage maritime du Nord-Ouest allant du Cap–Nord au Détroit de Béring. Ensuite existe le risque de marée noire qu’il serait quasiment impossible de juguler dans une région difficilement accessible, comme l’ont déjà montré les accidents et fuites qui se sont produites en Sibérie. Des espaces peu accessibles à la presse, voire interdits comme dans l’affaire des effondrements de la Toundra révélant d’énormes trous émettant du méthane, un gaz encore plus dangereux pour le climat que le gaz carbonique.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

En Iran, au milieu des bombes, une école de jeunes filles réduite en poussière
Monde 2 mars 2026 abonné·es

En Iran, au milieu des bombes, une école de jeunes filles réduite en poussière

Une frappe contre une école primaire dans le sud de l’Iran aurait fait plus de 168 morts au premier jour des bombardements. Téhéran accuse les États-Unis et Israël d’un « crime qui ne restera pas impuni ».
Par Maxime Sirvins
Iran, Israël, États-Unis… Deux minutes pour comprendre la situation internationale
Décryptage vidéo 2 mars 2026

Iran, Israël, États-Unis… Deux minutes pour comprendre la situation internationale

Depuis le 28 février et les nouvelles attaques lancées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’actualité internationale s’intensifie. Politis vous propose un décryptage vidéo pour tout comprendre.
Par William Jean
« La population iranienne est aujourd’hui prise en otage entre deux monstres »
Entretien 2 mars 2026 abonné·es

« La population iranienne est aujourd’hui prise en otage entre deux monstres »

Somayeh Rostampour est chercheuse en sociologie à l’Université de Lille et membre du collectif féministe et anticapitaliste Roja. Face à la campagne de bombardements lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, elle livre une analyse de la perspective des mouvements sociaux progressistes et féministes.
Par William Jean
De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique
Analyse 26 février 2026 abonné·es

De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique

Alors que le troisième cycle de négociations entre Washington et Téhéran a eu lieu ce 26 février à Genève, le fleuron de la flotte américaine met le cap sur le détroit d’Ormuz. Entre calculs électoraux américains et menaces d’escalade iranienne, le sort du programme nucléaire iranien importe plus pour les États-Unis que les souffrances du peuple iranien.
Par William Jean