Les Pics d’or dénoncent les trouvailles anti sans-abri

La cérémonie pointe l’inventivité croissante des dispositifs créés pour bannir les SDF des centres villes. Organisatrice, la Fondation Abbé Pierre interpelle les candidats aux municipales, en leur demandant de respecter sa « Déclaration des droits des personnes sans-abri ».

Isabelle Demoyen  • 5 mars 2020
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Les Pics d’or dénoncent les trouvailles anti sans-abri
© PHOTO : JACQUES DEMARTHON / AFP

Des pics, des rochers, des grilles, des barrières, des bancs inclinés : les villes « forteresses » redoublent d’imagination sournoise pour invisibiliser la pauvreté, chasser de l’espace public les personnes les plus démunies. « Il y a une nette augmentation de ces dispositifs par rapport à l’an dernier, et une grande créativité. Beaucoup de ces procédés sont devenus de véritables designs à la mode, sous couvert de tranquillité de l’espace », déplore Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre (FAP), qui organisait la cérémonie des Pics d’or, lundi 2 mars au théâtre de l’Atelier à Paris, pour la deuxième année consécutive. Grâce à la plateforme soyonshumains.fr, et les photos postées par les internautes via Twitter, 450 dispositifs et mobiliers urbains « anti-SDF » ont été recensés dans les villes françaises.

Les « meilleurs » des pires dispositifs ont reçu des prix, répartis en six catégories, dont un a été remis par l’humoriste de France Inter Guillaume Meurice. Le prix « fallait oser » récompense notamment celui du plus décomplexé. Il a été décerné à la ville de Lyon, rue Crillon, pour des bancs sur lesquels serpentent des rails, et où il est désormais impossible de s’asseoir. Le prix du dispositif le plus agressif, « le clou », a été remis à la ville de Paris pour un dispositif surnommé « les champignons de Paris ». Une dizaine de pieux métalliques, surmontés d’un chapeau, installés devant l’entrée d’un immeuble rue Vicq-d’Azir (Xe arrondissement) empêche toute tentative de s’y mettre à l’abri.

La cérémonie des Pics d’or a été créée pour dénoncer le recours à ces dispositifs par les communes, les propriétés privées et institutionnelles, et sensibiliser l’opinion publique sur les moyens et l’imagination déployée par certains professionnels pour mener la vie dure aux SDF. Car beaucoup de ces dispositifs et mobiliers sont parfaitement intégrés dans le paysage, et sont conçus pour que les passants ne comprennent pas à quoi ils sont destinés. 

« L’espace urbain n’est pas une marchandise, que certains pourraient posséder en en privant les autres. C’est un bien commun pour une utilité collective », a rappelé le philosophe Mickaël Labbé lors la cérémonie, auteur du livre Reprendre place : Contre l’architecture du mépris (Payot, 2019). Il dénonce « ces stratégies répulsives qui prospèrent ; une négation radicale à l’idée même du droit à la ville ».

Interpeller les politiques à l’approche des municipales

« Les personnes sans abri n’ont pas de logement, mais elles ont des droits », a rappelé Christophe Robert. C’est pourquoi la FAP promeut une « Déclaration des droits des personnes sans-abri », rédigée avec la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans-abris (FEANTSA). Parmi les 14 droits fondamentaux énoncés, le sixième affirme notamment la _« liberté à se déplacer et de s’installer dans l’espace public ». La Fondation demande à l’ensemble des candidats aux municipales des 15-22 mars de faire respecter les droits des personnes démunies en approuvant cette déclaration. 

À ce jour, seulement 278 maires ou candidats, issus de 95 communes (sur 35 000), l’ont signée. La Fondation encourage les bonnes volontés à aller au-devant des candidats pour la faire signer, et œuvrer à une prise de conscience pour le respect du droit des sans-abri. Pour illustrer l’article 8 de sa Déclaration des droits (« Le respect des besoins fondamentaux »), la Fondation pointe l’exemple de la ville de Marseille, où il n’existe aucun point d’eau ni toilettes publiques pour les personnes vivant dans la rue.

La Fondation Abbé-Pierre ne se contente pas de dénoncer les atteintes aux droits : dans son dernier rapport sur l’état du mal logement en France, publié le 30 janvier, un chapitre entier est consacré aux bonnes pratiques des collectivités locales et aux solutions durables.

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