Voyages autour de nos chambres #3

Le Théâtre 13, situé à Paris, propose chaque semaine la captation d'un spectacle sur son site, manière de revisiter son histoire et de maintenir le lien.

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Le théâtre, comme tout le spectacle vivant, est durement touché par la pandémie de coronavirus et la période de confinement (voir l'article d’Anaïs Héluin à venir dans le numéro de ce jeudi 26). Parmi plusieurs initiatives prises par différents artistes ou structures pour maintenir le lien avec les spectateurs, les responsables du Théâtre 13, situé à Paris, ont décidé de « revisiter l’histoire [du lieu ] à travers des captations de spectacles emblématiques » qui y ont été accueillis ou mis en scène par des artistes qu’ils affectionnent particulièrement.

Chaque semaine, la captation d’un spectacle différent sera mise en ligne sur le site du théâtre et sera visible, en accès libre, pendant 7 jours. La première de ces captations, disponible jusqu’au 29 mars, est celle d’À mon âge, je me cache encore pour fumer, de Rayhana, mis en scène par Fabian Chappuis

À mon âge, je me cache encore pour fumer est une œuvre féroce contre la domination des hommes et l’intimidation que fait régner un pouvoir religieux en forte progression.

Tout se passe dans un hammam d’Alger, que l’auteure appelle « une matrice ». L’une après l’autre, des femmes arrivent, sous le contrôle d’une masseuse bourrue qui a la responsabilité du lieu. Derrière un paravent, elles quittent leurs vêtements pour venir au premier plan couvertes d’une tunique légère, et se laver en dévoilant un peu de leur corps.

Le moment où elles se changent est important. Aucune ne porte de tchador, sauf une, que l’on voit de dos retirer sa robe noire et sa coiffe. Cette femme est la seule intégriste du groupe qui se constitue devant nos yeux. L’intégrisme est surtout à l’extérieur, tout autour de ce huis clos, avec un homme qui viendra frapper et veut enlever une femme qui a manqué à la loi.

Les autres femmes sont toutes des rebelles à l’ordre des mâles. Mais aucune ne ressemble à sa voisine. Il y a celle qui a une vie sexuelle fort libre, celle qui vit pour ses enfants, celle âgée qui en a tant vu, celle qui donne des leçons aux autres et celle qui n’en veut pas. Jeunes et vieilles palabrent, mais pas en toute innocence…

Ce qui frappe, c’est la violence de cette pièce très poignante. Rayhana, qui y joue un personnage très discret, lâche une colère étincelante. Les oppositions dont elle se sert sont parfois un peu écrites à la hache. Mais quelle fougue !

L’excellente mise en scène de Fabian Chappuis table sur le contraste entre un décor abstrait – un grand parallélépipède blanc posé sur un plateau vide – et des comédiennes très charnelles : Marie Augereau, Linda Chaïb, Maria Laborit, Rébecca Finet, Taïdir Ouazine, Paula Brunet-Sancho, Géraldine Azouélos, Catherine Giron. Le hammam devient un lieu sans contours où l’âme est aussi visible que le corps. La fureur et la terreur vous sautent au visage en même temps qu’un amour désespéré.

À mon âge, je me cache encore pour fumer, de Rayhana, jusqu'au 29 mars.

-> Lire aussi : Voyage autour de nos chambres #2

-> Pour lire tous les articles de la série : RDV sur la rubrique Culture


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