Mordre et tenir

Il nous reviendra de leur signifier très vivement que plus jamais nous ne paierons pour leurs fautes.

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Pendant l’hécatombe, les affaires continuent. Pendant que nous comptons, dévasté·es par l’angoisse et la tristesse, les mort·es tombé·es à la crise économique et sanitaire (1) dans laquelle nous ont plongé·es les funestes politiques des austéritaires (2), ces impénitents personnages, non seulement ne désarment pas (3), mais redoublent leurs appels à de nouvelles cures d’austérité sitôt que le confinement sera terminé.

Ainsi de Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, qui proclame ces jours-ci, dans l’inimitable novlangue où le néolibéralisme travestit depuis quarante ans ses barbaries, qu’il faudra « procéder au remboursement des dettes et se remettre dans une pente plus stable et plus propice au bon équilibre des finances publiques ». (Traduction en français vernaculaire : « Haro sur les pauvres. »)

Ainsi aussi de François Villeroy de Galhau, gouverneur, grandi sous des sérails « socialistes », de la Banque de France (où son salaire annuel d’un peu plus de 280 000 euros brut doit l’aider à mieux affiner ses sentences), qui de son côté carillonne, dans un registre assez voisin : « Nous devrons faire un effort budgétaire avec des dépenses plus sélectives. »

Ainsi encore de Bruno Le Maire, ministre des Finances, suppresseur de l’ISF, qui « prévient » – comme disent les journalistes qui portent son message sans jamais le questionner : « À la sortie de cette crise, il faudra faire des efforts. »

Ou de Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef (dont les contrevenances aux règles du confinement n’ont toujours pas été, pour autant qu’on le sache, le moins du monde sanctionnées), qui tambourine qu’« il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ».

En somme, ces adeptes de la guérison du mal par le mal prétendent nous aider à nous guérir des souffrances sociales et sanitaires qu’ils nous ont infligées en nous soumettant à des tourments supplémentaires.

De sorte qu’il nous reviendra, lorsqu’enfin nous sortirons de la réclusion où nous sommes enfermé·es depuis un mois – et sans doute pour encore un mois, dans le meilleur des cas –, de leur signifier, bruyamment, massivement, très vitement et très (très) vivement, que plus jamais nous ne paierons pour leurs fautes.

Pour le dire autrement, et plus simplement, et en usant des deux verbes injonctifs dont eux-mêmes font ces temps-ci un usage immodéré : nous devrons (les) mordre, et il faudra tenir.

(1) Comme on tombe à l’ennemi : je le dis comme ça pour rester dans le dégueulasse registre guerrier où se vautre Emmanuel Macron (à l’unisson de Donald J. Trump) depuis le début de ladite crise.

(2) Parmi qui nous n’aurons garde d’oublier les « socialistes » lorsque viendra – car elle viendra – l’heure de leur demander des comptes, dans la rue et devant les juridictions compétentes.

(3) Comme le relevait, la semaine dernière, le camarade Sieffert dans son éditorial.


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