Camille, accompagnante d’élèves en situation de handicap : « Nous ne sommes pas considéré·es »

Récit d'une rentrée pas comme les autres, raconté par celles et ceux qui en ont la charge. Camille, accompagnante d’élève en situation de handicap (AESH) dans une école maternelle et élémentaire du Finistère, nous raconte cette semaine particulière. Témoignage (3/6)

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P ar l’Éducation nationale, nous ne sommes pas considéré·es », constate amèrement Camille (1), qui accompagne plusieurs élèves en situation de handicap au sein d’un même groupe scolaire. Que ce soit durant la période de confinement ou dans le cadre du retour progressif des élèves à l’école, « nous n’avons jamais reçu la moindre information sur ce qui allait se passer, ni sur d’éventuelles mesures spécifiques à appliquer dans le cadre de notre accompagnement auprès des élèves.» Pour être au courant de la « reprise », Camille a du s’adresser directement à la direction de son école.

Mais celle-ci, qui n’est pas sa hiérarchie, n’avait pas reçu plus de renseignements spécifique concernant l’adaptation de la mission des AESH sur son établissement. « Pourtant, il s’agit d’élèves avec qui nous ne pouvons pas respecter la principale mesure, celle de la distanciation physique. Les enfants ont besoin de contacts rapprochés pour se déplacer, s’habiller, être rassurés, aller aux toilettes, ou parfois être changés, s’ils ne sont pas propres ». Cela, sans parler de l’accompagnement en classe, pour aider à la prise de notes ou aux activités manuelles.

Pour Camille, il est évident qu’ « il nous faut des explications plus adaptées à la réalité », mais aussi « de quoi travailler sereinement, notamment en matière de protection sanitaire ». Par exemple, « je pense qu’avec les enfants que j’accompagne, je vais avoir besoin de blouses ». Mais l’accompagnante sait que cela sera difficile. Lors des journées de prérentrée, rien n’était prêt. Les masques n’ont été livrés que tard dans la semaine et « le matériel continue d’arriver au compte-gouttes : pour le moment, nous n’avons qu’une boîte de 50 masques, et toujours pas de gel hydroalcoolique. Côté mairie, on nous dit que c’est aussi bien de faire avec du savon. Je veux bien, mais on ne peut pas se lever toutes les cinq minutes si on travaille avec un élève. Ce serait quand même plus simple d’avoir un tube de gel par classe…» Car d’après Camille, « ces manques créent des tensions dans l’équipe ». « Bien sûr, nous allons nous adapter. Mais si les mairies et le ministère voulaient bien jouer le jeu et nous fournir ce qu’il faut, je pense que ça roulerait mieux. Le problème va persister, et il faudrait commencer à organiser les choses pour la rentrée de septembre. Et il ne suffit pas de nous dire : “débrouillez-vous”. On fait déjà ce qu’on peut. »

Par ailleurs, les AESH, dépendant·es de la présence de l’enfant pour pouvoir exercer leurs missions, se sont rendu·es sur leurs lieux de travail alors même que les enfants qu’ils et elles accompagnent n’y étaient pas, ou pas encore. Selon la CGT Éduc’action, qui rappelle la précarité des AESH, leurs hiérarchies auraient ainsi demander à ces professionnel·les des tâches « qui ne sont pas les leurs : surveillance, [...] organisation et désinfection des classes et du matériel, remplacement des Atsem, et, en prévision de la réouverture des collèges, travail administratif des assistant·es d’éducation... ». « En attendant que les enfants que nous accompagnons reviennent à l’école, nous nous occupons des autres élèves, raconte en effet Camille. Nous faisons du rangement, du ménage, ou tout un tas de choses qui ne relèvent pas de nos missions. Mais comme on nous demande de venir, on le fait. J’aimerais mieux participer au télé-travail, mais rien n’a été mis en place pour nous, pour que nous puissions continuer de suivre nos élèves. La fermeture, en mars, a donné l’impression d’une fin d’année. C’est vraiment dommage. Avec les enfants, c’est un travail sur le long terme, et nous avons évidemment envie de savoir où ils en sont, nous assurer qu’ils ne soient pas trop perdus. »

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(1) Le prénom a été changé

(2) Si Blanquer assure que 90% des établissements du premier degré ont rouvert, une enquête du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, évoque une réouverture de 70% d’entre eux.


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