La finance française parie encore sur le pétrole et le gaz de schiste

Un nouveau rapport des Amis de la Terre France et Reclaim Finance, dénonce les banques et investisseurs français qui continuent à soutenir massivement le pétrole et le gaz de schiste nord-américains.

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Malgré la période actuelle troublée par la pandémie de Covid19, certaines choses restent immuables notamment dans le monde de la finance. Même si ce sera à huis clos cette année, la saison des assemblées générales annuelles est lancée, en commençant par celle du Crédit agricole. Pour leur rappeler dans quel monde nous vivons et leur impact réel dessus, Les Amis de la Terre France et Reclaim Finance publient un rapport intitulé La place financière de Paris au fond du puits et appellent à l’arrêt des soutiens financiers publics et privés à ce secteur.

L'enquête se focalise sur les soutiens toxiques accordés par les banques et investisseurs français au pétrole et au gaz de schiste nord-américain depuis 2016, donc après l'adoption de l'Accord de Paris. Résultats : Société Générale, Crédit Agricole, Banque Populaire Caisse d’Epargne (BPCE) et BNP Paribas ont financé à hauteur de 24 milliards de dollars la production, le transport et l’exportation de pétrole et de gaz de schiste. Pour le moment, seules Crédit mutuel et BNP Paribas se sont engagées à limiter leur exposition aux hydrocarbures de schiste.

© Politis

Les banques françaises financent les infrastructures permettant l'expansion de l'exploitation du pétrole et gaz de schiste nord-américain (puits, pipeline, terminal d'exportation...) et investissent massivement, considérant ce secteur comme une valeur sûre pour l'avenir. Selon le rapport, en mars 2020, les investisseurs français détenaient 19 milliards de dollars d’actions et d’obligations dans les 100 plus gros acteurs du secteur. Les six plus gros sont : BPCE, Crédit Agricole, BNP Paribas, AXA, Rothschild & Co et Société Générale. Le ralentissement économique et l'effondrement de la demande de pétrole liés à la pandémie n'ont pas provoqué de déclics dans la finance.

Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim finance (et chroniqueuse à Politis) épingle en particulier le groupe BPCE, AXA et Rothschild :

Déjà à l'origine de ravages environnementaux et sanitaires irréversibles en Amérique du Nord, la croissance prévue de l'industrie du schiste menace à elle seule le respect des objectifs de l'Accord de Paris sur le climat. Loin de réorienter leurs investissements vers une sortie juste des pétrole et gaz de schiste, ces trois investisseurs en ont acheté des millions d'actions entre le 1er janvier et le 20 mars 2020.

Pour que le « monde d'après » soit vivable et échappe aux conséquences des dérèglements climatique, c'est-à-dire limiter le réchauffement bien en-dessous de 2 °C, la sortie des énergies fossiles est indispensable. Or, les prévisions basées sur les données et les courbes actuelles iraient dans le sens inverse : l'Amérique du Nord concentrerait, d'ici 2025, 85% de la production mondiale de pétrole et de gaz, soit 26 % du budget carbone mondial disponible pour rester sous la barre de + 1,5 °C de réchauffement climatique. Sans oublier les impacts sanitaires (pollution de l'eau, de l'air, mise en danger des travailleurs et des communautés...) de la fracture hydraulique, technique d’extraction pour l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste, interdite en France depuis 2011.

Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France, pointe les incohérences de tels investissements :

Au moment où l'industrie des pétroles et gaz de schiste paraît au bord de la faillite et où l'urgence climatique exige une action immédiate, il serait complètement irresponsable que la finance française continue à miser sur son sauvetage et la reprise de son développement sauvage. Les acteurs financiers publics comme privés doivent au contraire reconnaître que ce secteur n'a pas sa place dans le monde d'après.

Les deux ONG formulent en conclusion plusieurs demandes adressées directement au gouvernement notamment de « conditionner toute aide publique aux entreprises touchées par la crise du coronavirus à un plan crédible, détaillé et aligné avec les objectifs de l’Accord de Paris » et « d'obliger les entreprises dont il est actionnaire à sortir du secteur des hydrocarbures de schiste et construire une stratégie de transition juste pour qu’elles arrêtent totalement leurs activités dans les énergies fossiles. »


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