Michaël Lonsdale, l’acteur de l’absurde et du divin

Le comédien, mort le 21 septembre à 89 ans, d’une extraordinaire singularité, n’a cessé de figurer au théâtre comme au cinéma dans des œuvres très diverses, allant de Duras à Beckett ou Mocky.

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Michaël Lonsdale est mort à Paris, le 21 septembre, âgé de 89 ans. Il a toujours été au premier plan et, en même temps, dans une parfaite discrétion : on n’est pas impunément un Franco-Britannique, enfant « naturel » d’une bourgeoise française et d’un officier de l’armée britannique. Il avait en lui le fameux flegme anglais, la vision d’un monde qui ne s’arrêtait à aucune frontière et la passion des aventures artistiques insolites. Mais, dans l’immense tapisserie de pièces et de films qu’il a tissée, comment associer les images les plus diverses, comment relier le rôle de masochiste se faisant fouetter chez Buñuel (Le Charme discret de la bourgeoisie) et le chrétien militant qui écrivait et jouait des pièces sur sœur Emmanuelle et François d’Assise ? Comment mettre dans le même sac l’interprète des œuvres de Truffaut, Losey, Welles, Eustache, Ruiz, Frankenheimer, Beauvois, Spielberg, Klotz, y compris celle, hors du commun, de Marcel Hanoun, et le partenaire de choses farcesques, certes plaisantes, mais qui, signées Mocky ou Molinaro, n’y allaient pas avec le dos de la cuillère ?

Dans « Baisers volés », de François Truffaut (1968)

Dans le monde anglo-saxon, il n’y a pas de registre privilégié. On peut faire du commercial et de l’expérimental sans encourir les foudres des dogmatiques. Michaël Lonsdale était ainsi, mais il faut voir aussi, derrière cette boulimie fabuleuse, un tempérament qui accepte par gentillesse, une grande bonté. Cette bonté même qui allait, au fil des ans, le transformer en une sorte de moine des tréteaux. Et il l’aimait follement ce métier où l’on peut sans repos jongler avec les contraires. Malgré tout, c’est comme grande figure de ce qu’on appelait le théâtre d’avant-garde qu’il s’est dessiné dans le paysage artistique. Il fut l’un des acteurs préférés de Claude Régy, celui qui sut donner une étrangeté burlesque et émue aux textes de Beckett et de Duras. Avec Duras la complicité fut totale à la scène comme à l’écran (India Song). Lui-même composait ses propres spectacles, mettait en scène, obsédé par une intériorité et une spiritualité qu’il développait aussi dans l’écriture et la peinture.

Peu d’acteurs ont cette caractéristique d’avoir un physique assez banal (athlétique, il avait pourtant l’allure de M. Tout le monde) et de posséder une présence totalement originale. Cela est sans doute dû à son sentiment d’un monde qui, sans Dieu, est un inépuisable festival d’absurdités, à une fausse tranquillité dont il tirait mille roueries, drôles et tragiques, et à une voix légèrement accentuée, au calme trompeur. Quelles prestations de Michaël Lonsdale ne s’effaceront pas avec le temps ? Enfermé dans la jarre de Comédie, de Beckett, et se débattant avec la mort du langage ? Le prêtre dans Le Procès qu’Orson Welles tira de Kafka (car Lonsdale joua des rôles de religieux – peu conformistes – bien avant Des Hommes et des dieux) ? Nous penserons longtemps à lui, foudroyé par l’amour, dans India Song, habité par les mots de Duras et enveloppé par la musique de Carlos d’Alessio.

(Avec Marguerite Duras, en 1969, crédit : Michel Lioret / Ina / Ina via AFP)

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