Quel système financier pour la transition ?

Les banques publiques de développement ont un comportement ambivalent par rapport aux énergies fossiles.

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La France va accueillir à Paris, en novembre 2020, le premier sommet mondial des banques publiques de développement. Pour les autorités françaises, il s’agit d’« organiser une coalition pour mettre la finance publique au service du développement durable ». On ne peut que se réjouir de voir le pouvoir macronien mettre en avant les institutions financières publiques, largement décimées à la suite des privatisations. En effet, il est clair que les acteurs financiers privés sont dans l’incapacité à faire face aux grands enjeux écologiques et sociaux de ce début de XXIe siècle. Pour au moins deux séries de raisons. D’abord, les objectifs de développement soutenable et de lutte contre le réchauffement climatique sont largement étrangers à la logique du rendement financier à court terme pour les actionnaires des grandes banques et des fonds d’investissement qui dominent le système financier international. Par ailleurs, ces acteurs ont un horizon décisionnel beaucoup trop court pour s’intéresser à des opérations telles que les infrastructures, la rénovation thermique ou le développement des énergies renouvelables, dont les effets s’échelonneront sur le long terme.

Derrière le terme de banque publique de développement (BPD), on trouve une multitude d’institutions très diverses : certaines sont internationales, comme la Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissement (BEI) ; d’autres sont nationales, comme l’Agence française de développement (AFD) ou la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en France ; certaines sont même régionales, comme au Brésil, où chaque État fédéré dispose de sa propre banque publique. Il existe au total environ 450 BPD dans le monde, particulièrement dans les pays en développement et émergents, qui financent près de 10 % des investissements à l’échelle mondiale, ce qui n’est pas négligeable.

Si le rôle stratégique des BPD est reconnu, une analyse de la politique de ces acteurs amène toutefois à s’interroger sur leur capacité à relever le défi de la transition écologique et de l’après-Covid. Ainsi, la réforme récente de la CDC, dans le cadre de la loi Pacte sur les entreprises, qui stipule que la gestion de cette institution publique devra s’aligner sur les « standards de marché », risque de nuire à son rôle de principal investisseur de long terme en France. Par ailleurs, ces acteurs publics ont un comportement d’investissement ambivalent par rapport aux énergies fossiles. Ainsi, parallèlement à ses investissements verts, la BEI, acteur central du « green deal » européen, continue de financer des activités à forte intensité carbone comme les aéroports et les autoroutes. De même, la KfW allemande, plus grande BPD nationale en Europe, est critiquée pour son soutien actif à l’industrie automobile.

Une impulsion politique forte est donc nécessaire pour que les BPD sortent de la logique du « en même temps vert et marron », afin que la priorité absolue soit donnée à la transition vers une société zéro carbone. On observera avec intérêt, à ce sujet, les conclusions du sommet de Paris.


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