Un pouvoir qui se barricade

La macronie ne dispose plus que de la force publique pour se préserver d’un probable embrasement social. D’où sa frénésie législative sécuritaire et liberticide.

L’image est forte et en dit plus que de longs discours. Samedi, alors que des milliers de manifestants se pressaient place du Trocadéro pour s’opposer à la proposition de loi relative à la « sécurité globale » et défendre la liberté d’informer, le parvis des Libertés et des Droits de l’homme leur était interdit. Des barrières anti-émeutes en empêchaient l’accès. Seuls des gendarmes en faction arpentaient cette célèbre terrasse et sa vue imprenable sur la tour Eiffel. Des dizaines de rassemblements s’y sont pourtant tenus pour protester contre des répressions touchant trop de peuples dans le monde. En 2012 et en 2017, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont pu y tenir d’importants meetings de campagne. Mais ce 21 novembre, il n’était pas question de permettre aux opposants à une loi liberticide, emblématique de la pente autoritaire prise par Emmanuel Macron de s’y retrouver. Comme le symbole d’un pouvoir qui se barricade face aux revendications et protestations que sa politique engendre.

La veille, alors que le Premier ministre était au CHRU de Brest, les organisations syndicales « ont été confinées dans leurs locaux syndicaux, encadrées par des agents des renseignements territoriaux », et empêchées d’en sortir durant les deux heures de la visite de Jean Castex, a raconté Sylvain Madec, délégué Sud au CHRU, dans Ouest-France. Son syndicat a porté plainte pour « entrave à la liberté de circulation ».

La macronie, qui n’a jamais brillé par sa pratique du dialogue social, n’apporte de plus en plus aux questions sociales qu’une réponse policière. Avec à la clé une invisibilisation des problèmes et des personnes. Cela s’est encore vérifié lundi 23 novembre, quand les forces de l’ordre sont intervenues violemment pour déloger des réfugiés, place de la République. Ces derniers, précédemment évacués d’un camp de fortune à Saint-Denis, venaient d’improviser un campement sur cette place parisienne centrale avec l’aide de l’association Utopia 56 et de Médecins du monde. Après avoir arraché les tentes à des exilés qui se trouvaient parfois encore à l’intérieur, les forces de l’ordre ont ensuite usé de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement dans les rues du centre de Paris pour disperser les groupes de migrants et de militants associatifs pacifiques. Des élus et des journalistes ont également été nassés, entravés dans leur rôle de témoins, tandis que Rémy Buisine, journaliste du média en ligne Brut, était molesté à plusieurs reprises par un policier. Autour de minuit, la police autorisait un groupe de réfugiés à se disperser… à condition qu’ils sortent de Paris. Cachez cette détresse sociale…

Cette évacuation aussi brutale qu’inhumaine a suscité une vague d’indignation jusque dans les rangs de la majorité. En pleine polémique autour de la proposition de loi « sécurité globale », elle illustre le fait qu’avec l’article 24 de celle-ci et le nouveau Schéma national de maintien de l’ordre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et le gouvernement ont instillé l’idée parmi les forces de l’ordre qu’informer sur les manifestations constituait un délit et que les journalistes comme les citoyens n’avaient plus le droit de filmer leurs interventions.

Car en cet automne, après avoir obtenu de l’Assemblée nationale, le 7 novembre, la prorogation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 16 février, assortie d’une série d’habilitations à prendre des mesures économiques et sociales par ordonnances, ainsi que la prolongation du régime transitoire de sortie de cet état d’urgence jusqu’au 1er avril 2021 (1), le gouvernement multiplie les dispositions répressives et renforce son appareil de contrôle et de surveillance de la population.

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