Dossier : Gouverner sans chef, c'est possible

Gouvernance partagée : soif d’idéal et gueule de bois

Une aspiration à la coopération apparaît en de multiples lieux, des « places occupées » au monde feutré des grandes entreprises. Un mouvement qui interroge et invite les militants du « commun » à certaines précautions.

Parole d’acteurs de terrain, une vague monte dans la brume, encore sourde mais déjà puissante. « Cela fait vingt ans que je suis impliquée dans les pratiques coopératives et je vois vraiment les choses évoluer ces derniers temps. Beaucoup de gens réfléchissent, tentent de faire les choses différemment », témoigne Daphné Gaspari, psycho--sociologue et formatrice.

Coopérer n’est pas une idée neuve qui aurait attendu les générations Y puis Z, pour émerger. Les entreprises coopératives, l’éducation populaire ou même le socialisme utopique du début du XIXe siècle en avaient fait leurs fondations, en puisant eux-mêmes dans la coutume populaire des formes anciennes de sociabilité fondées sur l’entraide. L’idée semble néanmoins resurgir sous les atours de la nouveauté. On parle de « gouvernance partagée », de « sociocratie », d’« intelligence collective », et toutes les forces progressistes sont tendues vers le « principe du commun ».

Cette nouvelle manière de voir l’action politique, hors des champs du marché ou de l’étatisme, puise sa source dans les écrits de l’économiste Elinor Ostrom, qui publie en 1990 un ouvrage sur la gouvernance des biens communs. Ce texte, traduit vingt ans plus tard en français (1), démontre que l’auto-organisation, par et pour les acteurs de chaque bien commun, offre une échappatoire aux logiques d’enclosure et aux dominations de toutes sortes.

Ce renouveau coïncide, au tournant des années 2010, avec l’apparition partout sur la planète d’assemblées délibératives qui tiennent à expérimenter une « démocratie réelle ». Ce « mouvement des places », également appelé « Occupy », régénère les méthodes des mouvements anarchiste, altermondialiste et des hacktivistes, militants numériques, et résonne avec ce qui s’expérimente sur les ZAD ou parmi les gilets jaunes.

L’éclosion d’Internet n’est pas pour rien dans ce surgissement coopératif.

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