Dossier : Inceste : Entendre et agir enfin !

Inceste : Un crime de masse toujours renouvelé

Un Français sur dix est ou a été victime d’inceste dans son enfance. Sujet tabou s’il en est. Cette situation révèle les carences de la justice française, le désengagement historique du pouvoir exécutif ainsi que le poids de la domination masculine et de la structure familiale dans notre société.

On ne peut pas dire qu’on ne savait pas. Ou bien qu’on ne sait pas. Il n’empêche, la toute récente affaire Olivier Duhamel, révélée par le récit de Camille Kouchner, La Familia grande (Seuil), a enfin placé l’inceste au cœur du débat public. Accusé de viol sur le frère jumeau de l’auteure, le constitutionnaliste, politologue et beau-père des enfants est tombé de son piédestal, même si les faits sont prescrits. D’autres personnalités avec lui, parfaitement au courant et qui n’ont rien dit. La déflagration est politique et médiatique.

Rappelons en préambule le code pénal français : est qualifié d’inceste un viol (1) lorsqu’il est commis par un ascendant (les parents, les grands-parents), les personnes dites collatérales (oncles et tantes, frères et sœurs, neveu ou nièce, conjoint, concubin, personne liée par un Pacs), ou encore si la personne a une autorité de droit ou de fait sur la victime (on observera que les cousins et cousines ne sont pas prises en compte, tout bonnement parce que le mariage entre cousin et cousine est autorisé !).

En décembre 2020, l’association Face à l’inceste publie une enquête (2). Les chiffres sont édifiants : 6,7 millions de personnes sont ou ont été victimes d’inceste. Un Français sur dix (78 % de femmes et 22 % d’hommes). Il faut savoir que, lorsqu’on entre dans une classe de CM1 ou CM2, face à soi, deux ou trois enfants sont victimes d’inceste, commis par un homme dans 96 % à 98 % des cas. Si l’on tient compte de l’amnésie dissociative, on est sans doute en dessous de la réalité, sans que ce crime de masse fasse guère d’écho.

Avec la charge médiatique de La Familia grande, la France (re)découvre l’ampleur du fléau. Ce n’est pourtant pas nouveau. En 1986, alors âgée de 45 ans, Eva Thomas est la première personne à témoigner à visage découvert d’un inceste à la télévision, dans l’émission « Les Dossiers de l’écran », au moment de la sortie de son livre, Le Viol du silence. Elle aura mis trente ans à retrouver la mémoire. Avec l’envie de « sortir de la honte ». Si, un an auparavant, elle a créé l’association SOS inceste, « sans l’écriture, observe-t-elle, jamais je n’aurais pu faire ça ». Quand elle révèle les faits, il y a déjà prescription. Au moins, se rappelle-t-elle, elle se sent « soulagée ». D’autres révélations suivront. Trois ans plus tard, en 1989, Claudine J. témoigne dans une émission de TF1, « Médiations », accusant son père de l’avoir violée durant des années, dès l’âge de 9 ans. Claudine a été condamnée pour diffamation par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc. Trente francs de dommages et intérêts à son père, et 5 000 francs au titre des dépens. Si le crime ne manque pas de médiatisation et d’écœurement, tout se passe comme si l’on découvrait ce crime à chaque nouveau scandale. Puis rien. On oublie, passe outre. Banalise. Tout en observant que le phénomène n’épargne aucun milieu. À cela près que les services sociaux suivent davantage les milieux défavorisés et non pas l’élite (c’est le cas dans l’affaire Duhamel).

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