Dossier : Pandémies : Qui est le coupable ?

« Il faut modifier nos modes de vie pour prendre moins de place »

Pour Hélène Soubelet, seule une approche systémique globale de la préservation de la biodiversité pourra nous prémunir contre les zoonoses.

Diplômée d’études approfondies en pathologie végétale, Hélène Soubelet a pris la direction de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) en 2017. Elle ne cesse de démontrer le rôle majeur de la biodiversité, notamment pour nous prémunir des épidémies d’origine animale. Avec optimisme et lucidité, elle assure qu’il est encore temps d’agir, à condition d’apprendre à occuper la planète différemment et d’activer les changements transformateurs de la société sans plus attendre.

Qui est responsable des épidémies : l’homme ou la nature ?

Hélène Soubelet : Dans un écosystème équilibré, vous avez une forte biodiversité impliquant de fait une présence du danger (virus, bactéries, champignons pathogènes…). La survenue d’une zoonose, voire d’une épidémie, est principalement due aux activités humaines. Plusieurs facteurs constituent le risque infectieux : le danger, sa propre vulnérabilité en tant qu’organisme vivant et le contact. C’est sur ce dernier point que l’on peut jouer, et où le -problème de l’érosion de la biodiversité est le plus prégnant : la destruction de l’environnement et le changement d’usage des terres en Asie du Sud-Est engendrent de plus en plus de contacts entre les humains et la biodiversité sauvage de ces milieux, augmentant ainsi le risque de contamination. Dans le même temps, un certain nombre -d’animaux sauvages porteurs de virus voient leur habitat naturel détruit par les hommes. Ils se retrouvent chassés de leur environnement et s’adaptent donc en migrant. C’est ce qu’il s’est passé pour le virus Nipah, en Malaisie, en 1998 : la destruction massive de la forêt primaire par les plantations de palmiers à huile et les feux de forêt ont chassé les chauves-souris, porteuses saines du virus, de leur lieu de vie. Elles se sont donc rapprochées d’arbres à litchis, au sein d’élevages industriels de porcs. Le virus a été transmis aux porcs, puis aux humains, et a causé une centaine de morts et la déstabilisation du marché porcin de la région. Globalement, le succès d’un passage d’un pathogène animal à l’homme est rare mais, avec une destruction de plus en plus massive de l’environnement, ce sera de plus en plus fréquent. Le phénomène pandémique, dans le cas du coronavirus par exemple, est quant à lui induit par le transport de personnes (tourisme, voyages d’affaires) et de marchandises, donc par notre façon d’habiter la planète.

La nature est apparue en premier lieu comme la responsable des épidémies. Mais renferme-t-elle également des solutions si on la protège ?

Lorsqu’ils sont fonctionnels et peu dégradés, les écosystèmes peuvent fournir des services écosystémiques, notamment la régulation des pathogènes. C’est démontré pour certaines maladies, mais encore flou pour d’autres. Pour la maladie de Lyme, transmise par les tiques, la nécessaire régulation des rongeurs porteurs de la borréliose – la bactérie de la maladie – se fait préférentiellement dans des écosystèmes perturbés. Autre exemple : le paludisme. Les moustiques anophèles résistent moins bien dans des milieux forestiers non exploités, sans défrichage, car il y a moins de trous d’eau, de zones pour se reproduire, et davantage de prédateurs (oiseaux, amphibiens…).

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