Un temps un peu long

On regrette l’époque où on pouvait sortir de chez soi sans masque et traînasser jusqu’à des dix-huit heures cinquante-cinq sans que le préfet Lallement…

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Dis, crunch, crunch,ça va, toi ?

Non, je demande, parce que ça fait maintenant pas mal de temps que nous sommes assujetti·es à un couvre-feu et, au début, on pouvait facilement se raccrocher à l’idée que ce n’était somme toute, crunch, crunch, qu’un mauvais moment à passer – après tout, qu’est-ce qu’une pandémie, à l’échelle de la folle histoire de l’univers ? – et faire, crunch, crunch, comme si de rien n’était.

Mais là, j’ai parfois l’impression qu’il y a des gens qui commencent à trouver le temps un peu long, crunch, crunch, et qui se laissent dominer par une espèce de nostalgie, comme par exemple ces potes qu’on retrouve régulièrement pour un skypéro ou un pique-nique sur Zoom – ta tapenade a l’air hyperbonne, tu l’as achetée chez Amazon ou c’est juste que t’as mal réglé la luminosité de ton écran ? –, et qui continuent, crunch, crunch, à se raccrocher au souvenir du temps où les bars étaient des endroits où on pouvait se caler en terrasse pour boire des coups peinard·es pendant des plombes, avant d’aller dîner chez X ou Y.

Alors que dans la réalité, crunch, crunch, un bar, c’est plus ça du tout – un bar, désormais, c’est une espèce de local tout sombre avec des baies vitrées pleines de poussière sur lesquelles des doigts graisseux ont tracé « VENTE À EMPORTER », crunch, crunch, et devant lequel ses propriétaires bougon·nes ont installé une barricade composée de deux tables verdâtres et d’un gros pot de café surbouilli duquel ils remplissent de minuscules gobelets en carton gluant qu’il·elles te vendent 2 euros entre huit heures du matin et couvre-feu, tout en grognonnant que non, crunch, crunch, tu ne vas pas utiliser leurs toilettes, sinon le préfet Lallement.

Après, je comprends tout à fait qu’on regrette l’époque, déjà ancienne, crunch, crunch, où on pouvait sortir de chez soi sans masque et traînasser sous le pont de l’Alma jusqu’à des dix-huit heures cinquante-cinq sans que le préfet Lallement, crunch, crunch. Mais je trouve dommage de se laisser aller au désespoir, quand des trucs simples peuvent nous aider à tenir le coup.

Par exemple, je sais que nous ne sommes plus beaucoup à regarder, chaque jeudi à couvre-feu et quart, crunch, crunch, les points de presse où le Premier ministre vient nous annoncer qu’il n’a strictement rien de nouveau à nous annoncer et qu’il va laisser à M. Véran le soin de détailler tout ça, crunch, crunch. Mais pour ma part je trouve très rassérénant de l’entendre hurler « VIVE LA FRANCE » à chaque fois qu’il répète, crunch, crunch, que le nouveau vaccin pour les 22-28 ans sera disponible sous six mois chez tous les marchands de journaux, qu’il semble (par chance) être assez résistant au nouveau variant d’avant-hier, crunch, crunch, et que le monde entier nous envie.

Puis le fait est que, depuis que mon médecin traitant m’a prescrit ces petits cachets blancs, crunch, crunch, que tu m’entends croquer depuis tout à l’heure, crunch, crunch, je me sens infiniment plus détendu – vas-y, ressers-moi un de ces cafés.


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