La contestation des centres de rétention administrative ne désarme pas

Cinq cents personnes ont manifesté, samedi 10 avril, au départ de la place Bellecour, à Lyon, pour exiger la fermeture ces « prisons qui ne disent pas leur nom » et l’arrêt des constructions en cours.

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Chaque année, près de 50 000 personnes sont enfermées dans des centres et locaux de rétention administrative en France. Ces lieux procèdent à un éloignement forcé et à un emprisonnement, pouvant aller jusqu’à 90 jours, des étrangers n’ayant pas les bons papiers. Alors que des associations, comme la Cimade ou France Terre d’asile, luttent depuis des années pour la fermeture de ces lieux, et alertent sur la multiplication d’actes de détresse (grèves de la faim, tentatives de suicide, actes d’automutilation...), la crise sanitaire est venue exacerber la répression des sans-papiers, faisant de la rétention un acte banalisé.

Dans ces établissements exigus, où la « politique menée conduit à de nombreuses défaillances dans la prise en charge médicale », indique France Terre d’asile, les cas de Covid-19 se sont multipliés. Tandis que le Collectif de soutien aux réfugié·es 69 donnait l’alerte sur soixante cas de Covid-19 en 2020 au CRA de Lyon, la préfecture du Rhône, elle, n’en recensait que 13 ! Ce qui ne suspend pas le moins du monde les arrestations injustes, comme celle d’Adama à Lyon, le 29 décembre 2020. Aussi les associations restent-elles mobilisées contre l’existence des centres de rétention administrative (CRA), comme ce samedi à Lyon.

Vous ne faites que parler, écoutez-nous. On veut pas de votre armée en bas de chez nous. Oui on a des choses à dire et des vraies idées à défendre. Institutions racistes j'pleure le monde depuis ma naissance...

Au son du reggae, manifestantes et manifestants de tous les âges se rassemblent peu à peu, derrière les banderoles élevées en tête du cortège. Reprenant la devise de la République française, le slogan du Collectif de soutien aux réfugié·es et migrant·es Lyon 69, décline son message de solidarité : « LIBERTÉ = fermeture des CRA, ÉGALITÉ = Régularisation de tou·tes les sans-papiers, FRATERNITÉ = un toit pour tou·tes. » D’un même pas, d’une même voix, tou·tes réclament l’abolition des centres de rétention administrative (CRA), la libre circulation et installation des migrant·es.

À proximité, Yvonne, membre du collectif, est déjà en place, tract à la main pour sensibiliser et rallier les riverains à la cause des sans-papiers. « Aujourd’hui on se réunit à la suite d’un appel national, Orléans a déjà marché le 27 mars, pour protester contre la construction du CRA d’Olivet, aujourd’hui c’est au tour de Lyon », explique-t-elle.

« Mettre en place une politique intelligente »

En 2019, le gouvernement d’Emmanuel Macron annonçait la construction de trois nouveaux CRA en France, à Olivet près d’Orléans, Bordeaux et Lyon, venant s’ajouter aux cinquante centres et lieux déjà existants sur le territoire. Dans ces « prisons qui ne disent pas leur nom », comme les désigne le collectif, 24 149 personnes étaient enfermées en métropole et 29 124 en outre-mer en 2018, « en vue de leur expulsion, parce qu’iels n’ont pas de papiers, ou pas les bons ».

Parti en direction de la préfecture, le cortège sillonne maintenant les rues du quartier de La Guillotière. Les manifestant·es, dont l’énergie ne faiblit pas, chantent en chœur, « pierre, par pierre, mur par mur, nous détruirons les centres de rétention ». Tour à tour des membres du collectif arrêtent le cortège et prennent la parole, au milieu de l’agitation des riverains, pour dénoncer la politique menée par l’État français, qu’ils jugent xénophobe et raciste.

© Politis

Charlotte, membre du collectif anti-CRA Lyon, se saisit à son tour du micro en soutien aux prisonnier·es des CRA, « victimes de violences policières, insultes et humiliations quotidiennes ». Regrettant que cette cause soit peu connue, elle dénonce la criminalisation des étrangers et rejette la logique du gouvernement, « qui augmente toujours plus les constructions de prisons et en particulier pour enfermer des gens qui n’ont absolument rien fait », dénonce-t-elle.

La manifestation touche à sa fin. L’un des membres du collectif lance un dernier appel pour rejoindre de façon permanente la cause des réfugié·es et migrant·es :

La manifestation n’est qu’une étape, il faut accompagner toute l’année et travailler au quotidien.

C’est notamment l’un des rôles de Marie-Claude, membre de la Cimade depuis 2005, où elle a été formée comme juriste bénévole. Depuis, elle accompagne les migrant·es dans la constitution de leur dossier de demande d’asile.

Selon elle, un réel travail de réflexion doit être mené sur la place des migrant·es. « Il faut travailler avec les syndicats et les patrons, pour mettre en place une politique intelligente. Certains secteurs d’emplois manquent cruellement de main-d'œuvre, comme l’agriculture, le bâtiment, la restauration, mais aussi le domaine du service à la personne. » Pour elle, c’est une évidence, « nous avons besoin des étrangers pour travailler avec nous ».


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