D’inquiétants bruits de bottes

La faiblesse des réactions du pouvoir aux tribunes séditieuses de militaires et d'un syndicat de police est préoccupante.

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Les tribunes de militaires évoquant l’inéluctabilité d’une « guerre civile » dans laquelle l’armée interviendrait ne sont pas à prendre à la légère. On se souvient que le gouvernement avait tardé à réagir à la publication d’un texte de généraux en retraite (mais encore réservistes), et à annoncer de faibles sanctions.

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Moins de trois semaines après, un nouveau texte, non signé cette fois car rédigé, nous dit-on, par des centaines de militaires d’active, a été publié dimanche soir sous forme de pétition par Valeurs actuelles, qui avait déjà assuré la publicité du brûlot des vieux gradés. Ceux qui s’y présentent comme des militaires « récemment entrés dans la carrière », dont certains ont « connu le feu ennemi » au Mali, en Afghanistan ou en Centrafrique, apportent leur soutien aux « vieux soldats » dont ils partagent et reprennent le discours d’extrême droite sur « les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance », les « concessions » faites à « l’islamisme » et « la haine de la France ».

Formellement adressée au Président, aux ministres, parlementaires et officiers généraux, leur missive constitue une nouvelle provocation à l’égard des institutions républicaines et de la société française. Comparant leurs « aînés » aux « résistants de 1940 » également traités de « factieux » pour avoir « continué le combat pendant que les légalistes, transis de peur, misaient déjà sur les concessions avec le mal pour limiter les dégâts », ils traitent implicitement de collabos pétainistes Macron, son gouvernement et la hiérarchie militaire loyaliste, après les avoir explicitement accusés de « lâcheté, fourberie [et] perversion ». Dès lors qu’une partie de l’armée ne se sent ainsi plus tenue au respect des lois et règlements, la réponse de l’institution militaire qui envisageait, lundi, un « rappel ferme […] sur le respect du devoir de réserve » manque pour le coup d’autorité quand une purge serait nécessaire.

Pas moins terrifiant que les appels de militaires, le secrétaire général du syndicat France Police, Michel Thooris, invite Emmanuel Macron, dans une lettre ouverte (6 mai), à décréter l’état d’urgence « car il y a péril imminent ». Ce chef d'un « syndicat », qui se présente comme « la cinquième puissance syndicale (sic) du ministère de l’Intérieur », lui réclame le droit « d’ouvrir le feu dès lors qu’un fuyard n’obtempère pas ou [en cas] de tirs de mortiers et d’artifices ou de jets de cocktails Molotov » et lui recommande la mise en place du « modèle brésilien et philippin en matière de lutte contre le narco-terrorisme ». En clair des exécutions sommaires. Il appelle aussi « au bouclage des 600 territoires perdus de la République » et demande l’utilisation de « zones de checkpoints sur le modèle israélien de séparation mis en place avec les territoires palestiniens ». Il débattait complaisamment de ses propositions lundi soir chez Hanouna, l’animateur préféré de Marlène Schiappa, quand il faudrait s’en alarmer.


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