Dominique Cabrera : « L’essence du cinéma documentaire, c’est l’autre »

À l’occasion d’une rétrospective et d’un livre qui lui sont consacrés, Dominique Cabrera revient pour nous sur une partie de son œuvre.

D ominique Cabrera. L’intime et le politique. Le titre du livre collectif consacré à la cinéaste fait résonner deux mots essentiels de son univers. C’est d’autant plus flagrant dans ses documentaires, qui font l’objet d’une rétrospective à Paris. « De la micro-histoire à la mise en récit de faits sociaux et historiques (la guerre d’Algérie, le mouvement des gilets jaunes…), on observe chez Dominique Cabrera une dialectique sensible qui relie le Je au Nous », écrit Julie Savelli, qui a dirigé l’ouvrage.

Nous avons proposé à la cinéaste non pas un entretien classique, mais un petit voyage réflexif à travers ses documentaires, pris séparément ou en groupe, dans un désordre chronologique mettant mieux en lumière des permanences et des évolutions, à la fois esthétiques et thématiques.

J’ai droit à la parole [1981]

C’est mon premier film et mon seul de « commande ». J’avais -rencontré quelqu’un qui travaillait à la Fédération nationale des centres Pact (1). Il m’a proposé de faire un film sur une cité à Colombes (Haut-de-Seine) où les habitants participaient à une expérience de démocratie participative : ils allaient être partie prenante de l’élaboration et de la construction de jeux pour les enfants en bas de chez eux. Le sujet et les personnages me passionnaient, et ceux-ci sont toujours présents pour moi.

Il y a deux ou trois ans, j’ai revu Rémi Gérard, le travailleur de la cité qui, entre-temps, était devenu un dirigeant de la -fédération. Ensemble, nous nous sommes rendus dans ce quartier de Colombes en souvenir du film. Nous avons retrouvé Mme Guillet, qui était la présidente de l’association des locataires en 1981. Nous étions très émus tous les trois. Ce qui était notamment extraordinaire, c’est que la voix de Mme Guillet, c’est-à-dire la marque de sa personnalité singulière, n’avait pas changé, alors qu’elle était très malade. Le temps, soudain, s’était aboli.

Sortie de l’Idhec (auquel a succédé la Femis), je n’avais presque pas de culture documentaire. Le documentaire était très peu enseigné, alors qu’aujourd’hui il y en a une floraison. J’ai d’ailleurs fait partie, justement, de ceux qui ont accompagné ce mouvement. J’ai réalisé ce film comme j’ai pu, en immersion dans la cité. En particulier, je voulais faire des plans-séquences, reliés dans mon esprit au cinéma de Maurice Pialat.

À la fin du film, l’élu coupe des morceaux de ruban tricolore lors de l’inauguration des jeux. En -faisant ce plan, je voyais la force du cinéma : les visages et les corps, les histoires singulières, la différence sociale entre les élus et les habitants, l’idée de la République qui les réunissait et, en même temps, la République impossible étaient comme cristallisés dans le plan-séquence.

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