EDF : Le projet « Hercule » enterré

La fin de ce projet de désossage d’EDF, qui devait privatiser ses activités rentables, laisse un statu quo financièrement intenable pour EDF.

Erwan Manac'h  • 19 mai 2021
Partager :
EDF : Le projet « Hercule » enterré
© Olivier Laban-Mattei / AFP

Les victoires des mobilisations citoyennes sont souvent discrètes, relatives et conditionnelles. Il en est ainsi de l’abandon du projet « Hercule » de saucissonnage d’EDF, annoncé au moyen de confidences distillées dans la presse par le ministère de l’Économie et la direction d’EDF, prenant acte du blocage des négociations secrètes avec la Commission européenne, démarrées il y a deux ans. Le gouvernement, sous la pression d’un mouvement de fronde qui recrute de tous bords politiques et d’un calendrier électoral qui le met à découvert, aurait durci sa position en exigeant que le groupe reste « intégré ». La fin de ce projet de désossage d’EDF, qui devait privatiser ses activités rentables, laisse un statu quo financièrement intenable pour EDF, aujourd’hui forcée d’alimenter à perte un marché privé de l’électricité totalement artificiel. Il signifie également que la menace d’une privatisation de la gestion des barrages refait surface. Et le projet de remplacement baptisé « Grand EDF », secret lui aussi, ne prévoit aucun contre-pied avec la politique de libéralisation imposée par l’Europe. Les syndicats n’ont donc pas sauté de joie, malgré le succès indéniable de leur campagne de mobilisation, qui a remué ciel et terre depuis de longs mois pour faire la lumière sur ce projet. Il faut également remonter aux calendes grecques pour trouver une lutte victorieuse contre les grands plans de libéralisation – du courrier, des télécoms, du rail, des autoroutes, de la loterie nationale, etc. – toujours déployés de manière inébranlable. Cette fois, c’est Hercule qui a mordu la poussière et ce n’est pas rien.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La révolution sera paysanne
Reportage 18 février 2026 abonné·es

La révolution sera paysanne

Face à la numérisation qui renforce toujours plus la dépendance des agriculteurs et agricultrices à l’industrie et aux banques, la coopérative L’Atelier Paysan propose des formations pour fabriquer des machines et outils low-tech. Et forger sa culture politique.  
Par Vanina Delmas
Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie
Décryptage 18 février 2026 abonné·es

Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie

Alors que la « ferme France » à tendance industrielle du président Macron irrigue les discours du gouvernement dès qu’il faut reconquérir le cœur des agriculteurs et agricultrices, nombreux sont celles et ceux qui s’en sentent exclu·es, qui pratiquent et défendent la paysannerie, pourtant solution d’avenir.
Par Vanina Delmas
Extrême droite armée, police peu réactive… Après la mort de Quentin Deranque, des faits et des questions
Enquête 18 février 2026 abonné·es

Extrême droite armée, police peu réactive… Après la mort de Quentin Deranque, des faits et des questions

Neuf personnes appartenant à la Jeune Garde ont été interpellées, mardi soir, dans l’enquête concernant la mort du militant nationaliste, Quentin Deranque. L’enquête policière avance avec un déroulé précis de faits qui commencent à s’éclairer, avec encore des questions en suspens.
Par Pierre Jequier-Zalc
Gisèle Pelicot, le déni dans la joie
Chronique illustrée 17 février 2026 abonné·es

Gisèle Pelicot, le déni dans la joie

Après avoir été élue femme de l’année par le Time en 2025, proposée au prix Nobel de la Paix, décorée de la Légion d’honneur, Gisèle Pelicot devient le phénomène littéraire qu’on attendait. « La Grande Librairie », Elle, Le Nouvel Obs, Le Figaro, Le Monde, la presse étrangère… tout le monde doit être témoin de la « résilience » de Mme Pelicot, sublimée par le titre Et la joie de vivre.
Par Cécile Cée