Julien Denormandie, petit soldat de Macron

À l’approche de 2022, le ministre de l’Agriculture, très proche du Président, veille à éviter toute vague, gérant la prochaine PAC dans un statu quo très favorable à la FNSEA.

Quelques milliers d’agricultrices et d’agriculteurs dans leurs champs dans le plus simple appareil, brandissant des messages d’alerte : cette « bio à poil » manifestait, début juin, pour dénoncer le sort qui menace la filière via le projet de plan stratégique national (PSN), élaboré pour décliner en France la nouvelle politique agricole commune (PAC, période 2023-2027). « Déshabiller l’agriculture bio pour rhabiller confortablement le reste de l’agriculture », explicite Philippe Camburet, président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Dans le collimateur, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture.

Alors que l’objectif d’atteindre 15 % des surfaces agricoles cultivées en bio en France à la fin du quinquennat est hors d’atteinte (8,5 % fin 2019), le ministre est parti à l’assaut de « l’opposition entre environnement et agriculture », estimant qu’« il n’y a pas dans notre pays d’un côté les vertueux qui font du bio et de l’autre côté les mauvais qui font un autre type d’agriculture ». Traduction avec la création d’une « haute valeur environnementale » (HVE) annoncée par le PSN pour l’application du système des « écorégimes » que la PAC veut mettre en place : les agriculteur·rices toucheront les aides directes de l’Union européenne à condition d’adopter des pratiques « bénéfiques pour l’environnement ».

Mais les critères de la HVE, assez peu exigeants, devraient laisser une large place à des exploitations non labellisées bio, dévalorisant les pratiques les plus vertueuses. Et, surtout, le PSN veut acter la disparition des aides pour le maintien en bio des exploitations qui le sont déjà, pour les concentrer sur les exploitations en conversion. Dont l’augmentation du nombre, but visé, pourrait faire perdre aux bio en place environ 66 % de leurs subventions, au profit de grosses exploitations qui opteront pour cette HVE.

Car il ne s’agit pas d’un guichet « ouvert » : Julien Denormandie raisonne à enveloppe financière constante. Il s’abrite volontiers derrière ce paravent qui l’exonère de prendre des risques et de toucher aux équilibres en place, critiquent ses opposants. Il le répétait lors d’une visite de terrain à Maure-de-Bretagne, début mars, devant des membres de la Confédération paysanne à l’occasion d’un débat autour de leurs revendications pour la nouvelle PAC. « Je ne vois pas comment faire autrement, parce que la difficulté, c’est qu’à la fin tout le monde va me tomber dessus. »

Lire >La colère des oublié·es de la PAC

Nicolas Girod bondit. Le porte-parole de la Confédération paysanne, syndicat opposé à la FNSEA, l’organisation dominante qui réunit entre autres les forces de l’agro-industrie, reconnaît au ministre un contact « direct et facile, cordial et intéressant même. En tête-à-tête. Car, à l’heure des arbitrages, c’est le statu quo attendu par la FNSEA qui prévaut. C’est insupportable. Alors que le pays vit tous ces échecs sociaux, que la question d’une alimentation saine et accessible reste en suspens, que l’environnement agricole pâtit fortement de pratiques polluantes, que les paysannes et les paysans subissent une hausse du nombre de suicides et une perte régulière de revenus. Quant à l’agriculture “de demain”, on sait à quoi elle va ressembler, puisque c’est l’immobilisme qui prévaut, c’est-à-dire encore et toujours le ralliement aux préconisations du syndicat dominant. »

Avec l’organisation très prochaine d’un « Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique », Julien Denormandie veut imposer là encore une approche prétendument « pragmatique et dépassionnée ».

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