Les retrouvailles de la lutte anti-Cigéo

Alors que s'ouvre ce 1er juin le procès de sept opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure, la mobilisation est renforcée par la prise de conscience de nombreux élus.

La paisible place Saint-Pierre, sur laquelle trône le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, a retrouvé les slogans, les banderoles et la ferveur des militants antinucléaires. Si l’atmosphère se veut joyeuse et déterminée, la raison du rendez-vous est grave. Du 1er au 3 juin, sept personnes comparaissent pour « association de malfaiteurs ». Elles ont été identifiées et ciblées par l’instruction judiciaire ouverte en 2017 comme opposant·es clés au projet Cigéo, ce centre de stockage qui vise à enfouir à terme plus de 80 000 mètres cubes de déchets radioactifs à 500 mètres sous les pieds des habitants de Bure, entre la Meuse et la Haute-Marne. En quatre ans, ce sont vingt domiciles perquisitionnés, dix militant·es interdit·es de se voir, des gardes à vue, une centaine de téléphones placés sur écoute, des balises posées sous des voitures, une cellule spéciale de gendarmerie consacrée à cette surveillance… Sans oublier les contrôles incessants des habitant·es et les procès à la chaîne parfois pour des délits très mineurs.

Nul doute est possible : tous les moyens ont été déployés pour user les militant·es, éteindre l’opposition dans son ensemble. Une stratégie que les sept mis·es en examen vont tenter de reprendre à leur compte pour faire éclater un procès politique : « En englobant toute la lutte dans une instruction, la justice a fait le choix de faire comparaître la lutte à la barre. Ses efforts pour individualiser et isoler des responsabilités parmi ce qu’elle désigne comme “la mouvance anti-Cigéo” ne nous trompent pas. En dissociant néanmoins les charges retenues contre les différent·es mis·es en examen, l’instruction crée de fait une distinction dans la qualité et la gravité des implications au sein de cette lutte. Afin de ne pas donner corps à cette différenciation, nous, les personnes prévenues, ne souhaitons pas individualiser nos parcours… »

Si cette féroce répression a bel et bien mis un coup de frein aux actions du mouvement anti-Cigéo, elle ne l’a pas anéanti. « Sur le fond, nous continuons à suivre le dossier comme nous le faisions dans les années 1990 en misant sur l’expertise et l’information. La mobilisation dure depuis trente ans : elle est multiforme et sait s’adapter en fonction des situations », témoigne Corinne François, du collectif Bure stop 55. Accusant un retard d’environ cinq ans dans son calendrier initial (1), l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) ne peut se permettre aucune pause. 

Le 3 août 2020, elle a déposé la déclaration d’utilité publique (DUP), étape décisive pour le projet Cigéo, qui attend encore l’aval des services de l’État.

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