Les miracles de la petite pêche côtière

À bord du Kittara, au large de Saint-Jean-de-Luz, on capture le poisson avec une ligne et non au filet. Une méthode douce gage de qualité pour le consommateur et créatrice d’emplois.

Les phares du Kittara fendent la nuit noire pour quitter la baie endormie de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques). Il est 3 h 30 du matin. -Philippe et Baxixe Alsuguren, le père et le fils, s’affairent déjà sur le pont de ce bateau de douze mètres de long, qui ronronne sur une mer calme en direction de la zone où ils installent chaque nuit leurs lignes, à 26 kilomètres de la côte basque. Gestes précis et rapides, tant de fois répétés la tête ailleurs ou la clope aux lèvres, comme si tout était immobile sur un bateau qui valdingue pourtant de toutes parts.

Ils pêchent à l’aide d’une immense ligne de trois kilomètres, qu’ils installent avant le lever du soleil à 250 mètres de fond. Elle est jalonnée de plus de deux mille appâts qu’il faut disposer à la main sur autant d’hameçons. « On pêcherait trois fois plus avec des filets, mais on vendrait notre poisson deux fois moins cher, explique Baxixe, 38 ans, dont vingt-trois à arpenter ce bout d’océan. Et c’est pareil pour la plupart des espèces : le bon poisson se vend bien. »

À 7 heures, commence le long travail de remontée de la ligne, hameçon par hameçon, à l’aide d’une roue actionnée par un petit moteur. Baxixe enlève les appâts restants et répare les hameçons cassés, avant d’enrouler patiemment sa ligne sur un socle en bois. L’attente dure parfois plusieurs minutes avant qu’une prise n’émerge des profondeurs. Philippe éviscère immédiatement le merlu, le plonge dans une bassine d’eau fraîche et jette ses tripes aux mouettes qui escortent l’embarcation. Quatre heures d’un travail minutieux, qui se reproduit chaque matin, qu’il pleuve, qu’il gèle ou que la mer soit agitée.

La journée en mer s’écoule sans une seconde de répit. Au moindre temps mort, Baxixe s’engouffre dans les entrailles de sa carlingue pour réparer une pièce mécanique capricieuse. Et sur le trajet du retour, le bateau est nettoyé et les poissons rangés par taille et étiquetés.

C’est la météo et la quantité de poissons pêchés qui déterminent si le bateau prend la mer ou non. Le Kittara sort environ 300 jours par an et ne connaît ni dimanche ni jours fériés. « En juin, nous sommes sortis 28 jours », glisse Baxixe, qui, sur terre, est aussi le père de deux jeunes enfants. Philippe, lui, est retraité depuis cinq ans, mais continue de sortir chaque nuit. « Tant que je suis en forme… » glisse-t-il avant de décharger son poisson, peu après midi.

La pêche « propre » préserve les ressources et permet aux pêcheurs de vivre mieux.

Ce jour-là, Baxixe et son père ont remonté 130 kilos de merlu. Une pêche moyenne, qui sera vendue 10 euros du kilo (7 euros en moyenne cette année), dont il faudra soustraire 70 euros de gasoil et 80 euros d’appâts. Les deux hommes gagnent donc bien leur vie. C’est la bonne nouvelle venue du large : non seulement la pêche « propre », comme dit Philippe, préserve les ressources sous-marines, mais elle permet aux pêcheurs de vivre mieux. Et le duo qui s’affaire sur le Kittara ne craint pas la concurrence. _« Du poisson, il y en a. Le principal problème, c’est qu’il faut accepter de bosser dur. »

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