Maurice Rajsfus, éclaireur de la répression policière

Les Éditions du Détour créent une collection pour republier les ouvrages essentiels de cet historien spécialiste des abus des forces de l’ordre, disparu le 13 juin 2020.

Olivier Doubre  • 7 juillet 2021 abonné·es
Maurice Rajsfus, éclaireur de la répression policière
© DR

Peu avant le procès, en 1997, pour crimes contre l’humanité, à l’encontre de Maurice Papon, ancien préfet de la Gironde du régime de Vichy, accusé de responsabilité dans la déportation de plusieurs milliers de juifs de la région bordelaise sous l’Occupation, la défense de l’ancien haut fonctionnaire et ex-ministre du Budget sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing sollicite (bien perversement) le témoignage de l’historien et journaliste Maurice Rajsfus en tant qu’auteur de la recherche pionnière sur l’Union générale des israélites de France (Ugif). Cet organisme, créé sous Vichy sur le modèle des Judenräte d’Europe de l’Est, chargeait certains notables juifs de « gérer » les intérêts de la communauté juive, en proie aux persécutions nazies, tels des intermédiaires entre les bourreaux et leurs victimes. Ses dirigeants finirent pour la plupart d’entre eux aussi exterminés dans les chambres à gaz. Non sans avoir relayé, contraints, les ignobles exigences des SS et des responsables français de la déportation de 76 000 juifs français et étrangers. La défense de Papon sollicite donc le témoignage de Rajsfus pour s’appuyer sur son travail d’historien sur l’Ugif, tel un élément pour disculper le « collabo », et pour montrer la coresponsabilité des juifs dans leur propre déportation ! Rajsfus, par une lettre aux juges, refuse alors de comparaître au procès pour ce simulacre de témoignage en faveur de Papon – lequel était par ailleurs préfet de police, en 1961, et responsable hiérarchique du massacre, le 17 octobre, de centaines d’Algériens désarmés dans les rues de Paris. Il écrit alors qu’« ayant déjà été arrêté en 1942 avec [ses] parents

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Johann Chapoutot : « Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné »
Entretien • 4 novembre 2026 libéré

Johann Chapoutot : « Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné »

De la soumission de la bourgeoisie allemande à la montée du libéralisme autoritaire, l’historien revient sur les mécanismes qui ont permis l’installation des nazis au pouvoir en 1933. Une histoire qui éclaire, selon lui, certaines évolutions politiques contemporaines, en Allemagne comme en France et aux États-Unis.
Par Olivier Doubre
États-Unis et Moyen-Orient : Gilbert Achcar revisite la notion d’anti-impérialisme
Idées • 30 octobre 2026 abonné·es

États-Unis et Moyen-Orient : Gilbert Achcar revisite la notion d’anti-impérialisme

Le chercheur franco-libanais publie un livre important qui analyse les fondamentaux de la politique de Donald Trump au Moyen-Orient, remontant à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et affronte quelques conservatismes idéologiques de la gauche.
Par Denis Sieffert
Chouayb, Manelle et Mélissa : « Les autorités veulent nous faire peur pour qu’on arrête »
Entretien • 29 octobre 2026 abonné·es

Chouayb, Manelle et Mélissa : « Les autorités veulent nous faire peur pour qu’on arrête »

Il est elles sont mobilisé·es dans le mouvement social en cours. Chouayb, un des délégués du Collectif des jeunes de Belleville, lutte depuis trois ans pour le droit à l’hébergement et à la scolarisation des mineur·es isolé·es. Manelle, lycéenne en Île-de-France, a subi deux gardes à vue depuis qu’elle mène la lutte au sein de son établissement. Créatrice de contenus, Mélissa* affiche son soutien aux lycéen·nes, ce qui lui a valu du cyberharcèlement. Il et elles affirment la nécessité que le mouvement perdure malgré la répression.
Par Pauline Migevant et Céline Martelet
Enzo Traverso, l’histoire et la vie
Portrait • 21 octobre 2026 abonné·es

Enzo Traverso, l’histoire et la vie

L’historien italien achève sa trilogie sur les mémoires des vaincus et des révoltes, en se penchant notamment sur la « décennie rebelle » des années 1970 dans la péninsule. Décryptant pour la première fois l’histoire de ses années de jeunesse.
Par Olivier Doubre