Méditerranée : Le sale boulot des gardes-côtes libyens

La sous-traitance par l'Europe de l'interception des migrants en mer révèle une nouvelle fois sa réalité choquante.

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Les images sont absolument glaçantes. Mises en ligne par l’ONG allemande Sea-Watch, connue pour ses opérations de sauvetage en mer de réfugiés fuyant l’horreur libyenne, elles ont été prises depuis son petit avion, le Seabird. Le 30 juin, entassés sur une embarcation de fortune, 63 candidats à l’exil font route depuis de longues heures dans des conditions effroyables vers l’île italienne de Lampedusa. Une vedette de gardes-côtes libyens surgit et les prend soudain en chasse. Ils tirent plusieurs coups de feu sur les migrants à l’arme automatique sans, heureusement, atteindre personne, puis manquent d’extrême justesse de les éperonner à au moins deux reprises. Le son de la vidéo ne laisse aucun doute : une volontaire de l’ONG exige par radio des gardes-côtes qu’ils cessent immédiatement leurs tirs et manœuvres, violations évidentes du droit international. La scène se déroule en effet dans les eaux de la zone de recherche et de sauvetage maltaise, dévolue à des gardes-côtes libyens déjà maintes fois impliqués dans des actes de violence contre des réfugiés.

Si l’incident a plus que choqué, surtout en Italie, il a aussi déclenché une vive polémique, puisque la vedette a été livrée en 2017 et entièrement financée par Rome, dans le cadre d’une politique européenne qui s’apparente à une sous-traitance aux gardes-côtes libyens, pour intercepter les migrants en mer en direction de l’Union européenne. Alors que le Parlement italien doit renouveler dans quelques jours ces financements à Tripoli et que Bruxelles étudie la possibilité de nouveaux versements en euros, la gauche de gauche italienne a exigé du pâle Parti démocrate et de son allié le Mouvement 5 étoiles, au pouvoir (et soutenus par l’extrême droite de Matteo Salvini), qu’ils cessent d’approuver ces mesures. Si l’embarcation a réussi à rejoindre Lampedusa, une autre a chaviré dans le port de la petite île, causant la mort de sept migrants, dont une jeune femme enceinte. Et 600 exilés ont été recueillis ces jours-ci par le navire Ocean Viking de l’ONG SOS Méditerranée…


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