La France des héritiers

Tandis que le gouvernement vante la mobilité dont nous devrions faire preuve dans une société ouverte, des dynasties se perpétuent et sont portées au pinacle.

Michel Soudais  • 25 août 2021
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La France des héritiers
© Crédits : Thomas Samson, Eric Piemont, Ludovic Marin, Mustafa Yalcin-Andalu Agency, Anne-christine Poujoulat, Zakaria Abdelkafi/AFP

La France n’est pas seulement, comme l’a dit un jour Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU, « un vieux pays d’un vieux continent », fruit d’une longue histoire. Revers de la médaille, c’est aussi un pays d’héritiers. On les retrouve en nombre aux postes de pouvoir et parmi les« premiers de cordée » encensés par Emmanuel Macron.

Passant au crible le classement Forbes 2021, le Financial Times constatait il y a quelques mois que près de 80 % des 42 milliardaires hexagonaux de ce hit-parade mondial étaient des héritiers. Un pourcentage sans équivalent et bien au-dessus de la moyenne mondiale d’environ 40 %, qui fait de notre pays un paradis sans rival pour les progénitures des grandes fortunes, les Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère, Martin Bouygues… Les citer tous serait fastidieux.

Et puis les héritiers ne sont pas seulement nombreux aux postes de commande des entreprises ou parmi les rentiers de ces dernières – songeons à Françoise Bettencourt Meyers, héritière de L’Oréal et femme la plus riche du monde, ou Élisabeth Badinter, fille du fondateur de Publicis –, on en trouve également en politique à la tête de communes ou de circonscriptions conquises par leur parenté, et même à la tête du parti qui passe pour être « antisystème » : le lepénisme est un héritage. Également parmi les avocats, artistes, journalistes… Comment croire encore au mythe de l’égalité des chances et du mérite quand ceux-là n’ont eu que la difficulté de naître et de se faire un prénom ?

Entendre à longueur d’année vanter la mobilité dont nous devrions faire preuve dans une société ouverte, alors que des dynasties se perpétuent et sont portées au pinacle comme une nouvelle noblesse, n’est pas un simple paradoxe. C’est aussi un des symboles d’une société bloquée dans son ascenseur social. S’y attaquer devrait être un des enjeux de la présidentielle. Il y faudrait de l’ambition et du volontarisme, tant pour réformer un système scolaire qu’un système fiscal conçus pour favoriser la reproduction sociale. Qui osera ?

Économie
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