« Les luttes LGBTQI sont liées à l’anticapitalisme et à la justice climatique »

Le journaliste Cy Lecerf Maulpoix propose de nouvelles pistes militantes, théoriques et pratiques pour une écologie plurielle nourrie des situations vécues par les personnes « contre-nature ».

Contre-nature ? Contre la nature ? On sait combien l’homophobie (ou les LGBT-phobies) a toujours mis en avant ces arguments pour violemment dénigrer toutes les sexualités rompant avec l’hétéronormativité. Pourtant, les luttes minoritaires devraient se rapprocher, aujourd’hui, des revendications de l’écologie politique. C’est là tout l’objet de cet essai vif et rigoureux qui s’attache à battre en brèche le discours de certains courants réactionnaires d’une prétendue écologie qui réactive à l’encontre des personnes LGBTQI ce « spectre de la “contre-naturalité” ». Mieux, il montre au contraire combien les expériences de modes de vie minoritaires ne peuvent qu’associer l’exigence de l’émancipation à celle de la protection du vivant.

Journaliste indépendant, militant de « collectifs d’action transpédégouines » et en faveur de « luttes sociales pour la justice climatique », Cy Lecerf Maulpoix s’emploie ici, dans une écriture délibérément inclusive, entre enquêtes, reportages et récits d’expériences parfois très personnelles, à proposer de nouvelles pistes militantes, théoriques et pratiques, et ainsi « esquisser une écologie plurielle qui ne peut être qu’intersectionnelle, fondamentalement anticapitaliste, queer_, décoloniale et féministe »_.

Bonnes feuilles

Maladie, contre-naturalité, perversion, dégénérescence sont des termes qui disposent d’une force d’écrasement, d’une puissance paralysante et tentaculaire qui continue de se manifester un peu partout. En Europe, ils sont utilisés encore aujourd’hui pour justifier d’exclusions et de répressions monstrueuses, que ce soit dans les « zones sans LGBTQI » de Pologne et de Hongrie, les camps de tortures en Tchétchénie, les thérapies de conversion déguisées, ou les parcours de celleux qui se voient estampilléEs du sceau de la déviance et subissent des violences institutionnelles, médicales, psychiatriques, sociales. Pourtant, la naturalisation du système hétérocispatriarcal n’est pas l’apanage des seuls partis politiques conservateurs. Elle n’émane pas uniquement des organismes les plus répressifs ni des condamnations les plus manifestes de l’Église ou de l’extrême droite. Elle nourrit encore largement aujourd’hui la pensée politique, les pratiques sociales, scientifiques, médicales et militantes des pays occidentaux.

Déconstruire les concepts et les termes liés à la production de la nature et à ce qui relèverait de sa préservation, de sa protection et de ses liens avec la fabrique d’idéologies et le maintien d’hégémonies hétérocispatriarcales s’avère donc essentiel. D’autant plus essentiel que l’écologie politique et militante qui s’est développée au cours des dernières décennies, dans un contexte de crise environnementale et sociale, n’échappe pas, elle non plus, à cette vision discriminante de la nature.

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