Demain dès l’aube

L’acharnement de Macron à imposer une réforme de l’assurance-chômage, retoquée par le Conseil d’État, sur le dos de 2 millions de pauvres est dénoncée par Samuel Churin, membre de la Coordination des intermittents et précaires.

Samuel Churin  • 30 septembre 2021
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Demain dès l’aube
Photo : 11 mai 2021, les occupants du Grand Théâtre de Dijon fêtent les deux mois d'occupation par une marche symbolique sur le marche de Dijon. n
© Florian Jannot-Caeillete / APJ / Hans Lucas.

Alors c’est demain… C’est demain que les intermittents de l’emploi vont se faire massacrer par un gouvernement qui s’acharne. C’est demain que les intermittents de l’emploi vont se faire massacrer par un gouvernement qui s’acharne avec une réforme d’assurance chômage d’une monstruosité inégalée. C’est demain que les intermittents de l’emploi vont se faire massacrer par un gouvernement qui s’acharne avec une réforme d’assurance chômage d’une monstruosité inégalée, dernier acte d’une suite de décisions où ces chômeurs ont été les seuls à n’avoir bénéficié d’aucune aide pendant la crise : pas de travail, pas de chômage partiel, pas d’année blanche (prolongation des droits réservés aux seuls intermittents du spectacle), rien, rien de rien.

Rappel des faits :

Septembre 2019 : le gouvernement rédige une réforme d’assurance chômage qui cible particulièrement les intermittents de l’emploi (extras de l’hôtellerie, évènementiel, guides conférenciers, etc.) avec 2 milliards d’économie par an sur le dos des plus pauvres. Pire attaque depuis les conquêtes du Conseil National de la Résistance.
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25 Novembre 2020 : le Conseil d’État annule le volet indemnisation de la réforme estimant que les inégalités de traitement (de 1 à 4) entre les bénéficiaires sont trop importantes. Le gouvernement est prié de revoir sa mauvaise copie et on donne au même le soin de la corriger. Le même, c’est Marc Ferracci, témoin de mariage d’Emmanuel Macron, lui-même témoin de mariage de notre rédacteur/correcteur.

Cet incompétent dangereux toilette donc le premier texte et le résultat est pire : Mathieu Grégoire (sociologue et spécialiste de l’assurance-chômage) démontre à travail égal, salaire égal, des inégalités de traitement de 1 à 49 : la grande loterie. Malgré cela, malgré la crise sanitaire et l’appauvrissement de cette population, le gouvernement veut appliquer sa réforme au 1er juillet 2021.

22 juin 2021 : le Conseil d’État suspend la réforme. Elle ne sera donc pas mise en place au 1er juillet. Pour la seconde fois, la plus haute juridiction administrative s’oppose au gouvernement sur le même dossier. C’est inédit. Emmanuel Macron furieux qualifie la décision du Conseil d’État comme étant celle d’un _« tribunal de province ». Mais le gouvernement par la voix d’Elisabeth Borne insiste et affirme que la réforme s’appliquera quand même s’appuyant sur le jugement : la juge estime que la conjoncture économique n’est pas assez bonne pour appliquer le texte au 1er juillet, le gouvernement met en avant la prétendue reprise économique et l’appliquera au 1er octobre.

Pour cela, l’acharnement est total : lassé de se prendre des claques, Emmanuel Macron décide de jouer avec le droit. Il publiera le nouveau décret (copie conforme de l’ancien avec changement de date) au tout dernier moment, c’est-à-dire aujourd’hui 30 septembre juste avant minuit. En effet, tant que le décret n’est pas paru, il ne peut être contesté.

Pourquoi ce tour de passe-passe ? Pour que la réforme s’applique et ne soit pas suspendue AVANT comme en juin dernier. Les syndicats unanimes vont donc attaquer une nouvelle fois au Conseil d’État avec un référé urgent (suspensif) dont la décision devrait tomber avant fin octobre. Pourquoi ce passage en force ? Le gouvernement parie sur le fait qu’il sera plus délicat pour le Conseil d’État de suspendre une réforme déjà appliquée plutôt que de la suspendre avant son application. Pourquoi cet acharnement ? Emmanuel Macron n’a pas réussi à imposer la réforme des retraites, il doit absolument aller au bout de la réforme sur l’assurance-chômage pour éviter le procès en amateurisme pendant la campagne.

Pourquoi le Conseil d’État pourrait ne pas suspendre une nouvelle fois alors qu’il s’agit du même texte ? Pour des raisons purement politiques. N’oublions pas que celles et ceux qui prennent les décisions au Conseil d’État sont énarques et ont souvent fréquenté les mêmes promotions que les auteurs des textes qu’ils ont à « juger ». Que pouvons-nous faire ? Dans un premier temps, faire savoir qu’Emmanuel Macron cible les plus précaires, les plus vulnérables. Dans le marasme de la communication, c’est important de le marteler.

Si personne ne comprend cette réforme, elle peut néanmoins se résumer en une phrase : « Macron fait 2 milliards d’euros d’économie par an sur 2 millions de pauvres ». Et cela, c’est demain !

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Tribunes

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