La gauche cherche sa place chez les anti-passe

Associations, syndicats et partis de gauche visent une initiative unitaire contre le passe sanitaire, mais redoublent de précautions face à un mouvement jugé « confusionniste ».

À l’approche du neuvième samedi de mobilisation contre le passe sanitaire, les associations, syndicats et partis de gauche ne savent toujours pas quelle attitude adopter. Comment trouver sa place dans un mouvement social tenace sans se compromettre avec les groupes d’extrême droite qui s’y sont durablement incrustés ? Comment incarner une ligne antiautoritaire claire sans alimenter la défiance envers la vaccination et offrir des gages aux conspirationnistes ?

Ce casse-tête était à l’ordre du jour d’intenses négociations, depuis le 25 août, entre une quinzaine d’organisations de la gauche sociale et politique, parmi lesquelles figurent la CGT, la FSU, Solidaires, Attac, la LDH, La France insoumise (LFI) et le NPA (1). Le groupe a été constitué à l’initiative de Solidaires à partir des organisations signataires d’un appel à manifester le 12 juin pour les libertés publiques et contre l’extrême droite. Une manière d’inscrire d’emblée la convergence sur une ligne clairement antiraciste. Après deux semaines de discussions et malgré un accord sur le fond, les négociations ont cessé le 6 septembre sans avoir pu aboutir sur une date commune de mobilisation.

Cette tentative unitaire s’inscrit dans une suite logique des événements de l’été. Un premier consensus était apparu dès le 22 juillet à travers la publication d’une tribune réunissant plusieurs dizaines de cadres d’organisations de gauche en leur nom personnel, du NPA à Europe Écologie-Les Verts, en passant par la CGT, Attac et Solidaires, et à l’exception de la CFDT et du PS. Au même moment, les députés de gauche ferraillaient à l’Assemblée nationale contre l’adoption du passe. Depuis, la CGT et Solidaires, bien implantés chez les soignants où la colère est forte, ont pris des positions anti-passe affirmées. « Nous avons dit très clairement que le passe sanitaire était une agression contre les travailleurs et une mesure antisociale, car les moins vacciné·es sont aussi celles et ceux qui sont les plus précaires et les plus pauvres. Nous avons tout aussi clairement affirmé que nous étions pour la vaccination du plus grand nombre », souligne Simon Duteil, porte-parole de Solidaires.

Mais aucun appel à la manifestation n’est venu de ces organisations traditionnelles du mouvement social. « Les collectifs de travail se sont disloqués pendant l’été. Pour un syndicat, les mois de juillet et août ne sont pas propices à la mobilisation », admet Simon Duteil. Elles ont également été prises de vitesse par un mouvement spontané, apparu en quelques jours au cœur de l’été. « Nous devons respecter le temps de la démocratie interne, les conseils d’administration et les bureaux n’ont repris qu’à la fin août et ce n’est pas du tout un débat facile, pointe Aurélie Trouvé du côté d’Attac. Il est aussi important pour nous de nous inscrire dans un cadre unitaire, ce qui ajoute une difficulté. »

Au fil des semaines, le sentiment d’urgence a grandi chez certains militants de terrain, qui voient s’enraciner le mouvement anti-passe dans l’angle mort des syndicats et partis politiques. Du côté de Saint-Nazaire, Christel Husson, gilet jaune, impliquée dans le mouvement contre le passe sanitaire, appelle à l’aide : « Qu’est-ce que les militants de gauche attendent ? Nous avons besoin d’eux, d’urgence, pour ne pas perdre le rapport de force. Nous sommes à sept mois de la présidentielle, des groupes d’extrême droite s’installent, c’est aujourd’hui qu’il faut les combattre. » Une assemblée populaire réunit chaque mercredi dans sa ville plusieurs dizaines de personnes, venues d’horizons politiques très différents. « Les complotistes et les gens confus sont très minoritaires et ils sont tout simplement perdus. Nous pouvons les convaincre si un cadre collectif émerge, affirme la militante. C’est pour cela que nous avons plus que jamais besoin de militants qui ont l’analyse, le sens de l’histoire et l’expérience militante. Il est plus qu’urgent de remettre du sens. Il ne faut surtout pas abandonner ces gens, c’est un travail difficile, fastidieux, épuisant, mais il est crucial. »

Mais le débat tactique est cornélien, pour chacune des organisations. Quand manifester ? Derrière quels mots d’ordre ? Avec quelle distance vis-à-vis du mouvement anti-passe actuel ?

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