Violence policière à Calais : un CRS condamné, deux relaxés

Le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer a condamné un CRS pour violence sur un bénévole anglais venant en aide aux migrants et faux en écriture publique. Deux autres ont été relaxés.

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Dix-huit mois de sursis et deux ans d’interdiction d’exercer : c'est la peine infligé par le tribunal correctionnel de Boulogne sur Mer, ce jeudi 2 septembre, à un brigadier-chef CRS pour violences volontaires et faux en écriture publique. Le policier écope aussi de 6.000 euros de dommages et intérêts : 500 euros au titre des souffrances endurées par sa victime, 3.000 euros de préjudice moral et 2.500 euros pour les frais d’avocats.

L’affaire, jugée en juin dernier, remonte au 31 juillet 2018. Lors d’une intervention d’expulsion de migrants sur une rocade de Calais, le chef de la compagnie CRS bouscule violemment et sans raison apparente, Tom Ciotkowski, un bénévole britannique venant en aide aux migrants. Ce dernier est même interpellé et placé en garde à vue, accusé de violences sur personnes dépositaires de l’autorité.

Le chef de la compagnie de CRS, originaire de Dijon, porte alors plainte contre le bénévole afin de justifier l’arrestation. Poursuivi par le parquet, M. Ciotkowski recueille des vidéos qui prouvent son innocence et dévoilent les mensonges du policier alors soutenu par deux collègues. Poursuivis eux aussi pour faux en écriture publique, ils ont tous les deux été relaxés.

LIRE > Notre compte-rendu du procès

Un signal fort

L'avocate du bénévole, Maître Appoline Cagnat, a estimé auprès de France bleu que la peine était « à la hauteur des actes commis par le brigadier-chef. On parle de violences volontaires, et d'une volonté d'organiser son impunité. Ce jugement envoie un signal fort : les policiers doivent faire preuve de mesure, et le mensonge est intolérable. Justement parce que ce sont des policiers ».

Après trois années « longues et stressantes », Tom Ciotkowski s'est dit « satisfait de voir la police devoir rendre compte de ses actes. (...) Je frémis à l’idée de ce qui aurait pu arriver si moi-même et les autres n’avaient pas pu filmer cet incident. Le condamné pourrait très bien être moi aujourd’hui. J’espère que cette décision contribuera à faire réfléchir sur l’environnement hostile à l’égard des personnes exilées à Calais et ailleurs, et favorisera une nouvelle approche plus bienveillante envers les personnes qui luttent pour leur survie là-bas et envers celles qui essaient de les aider. »

Dans un communiqué de presse, Katia Roux, chargée de plaidoyer à Amnesty International France, s'est quant à elle, félicitée de cette décision « importante dans une affaire qui est devenue emblématique des attaques de la police contre les personnes exilées et les défenseurs des droits humains qui leur viennent en aide. »

Contacté, Maître Thibault de Montbrial, l'avocat du brigadier chef condamné, n'a, pour le moment, pas répondu à nos sollicitations.


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