« First Cow », de Kelly Reichardt : Les gâteaux de l’amitié

Dans le splendide First Cow, Kelly Reichardt, à laquelle le Centre Pompidou consacre une rétrospective, offre un récit alternatif à la conquête de l’ouest des États-Unis.

Les réalisatrices sont peu nombreuses dans le cinéma américain, plus rares encore si l’on s’en tient à celles qui sont nées aux États-Unis. Parmi les plus marquantes, elles sont au moins deux à mettre en scène l’envers du « rêve américain », dans des styles très différents : Kathryn Bigelow, qui a repris à son compte une manière hollywoodienne, et Kelly Reichardt, dont l’esthétique se situe aux antipodes puisqu’elle fut remarquée pour son premier long métrage, River of Grass (1994), au festival de Sundance, c’est-à-dire l’un des hauts lieux du cinéma indépendant.

Cinéma indépendant va de pair avec budgets réduits. Kelly Reichardt n’échappe pas à la règle, le fait d’être une femme ajoutant aux obstacles. Ses débuts sont difficiles, malgré les solides soutiens de cinéastes comme Todd Haynes ou Gus Van Sant. Cependant, elle s’installe peu à peu dans le paysage, produisant une œuvre de plus en plus reconnue et saluée dans le monde entier. Ainsi, le Centre Pompidou, à Paris, lui consacre une rétrospective, programmant ses courts et ses sept longs métrages. Mais, comme le relève Judith Revault d’Allonnes, qui publie à cette occasion un livre intitulé Kelly Reichardt, l’Amérique retraversée (qui est aussi le titre de la rétrospective), « l’économie au cordeau, l’échelle artisanale de fabrication du film sont à la fois les contraintes et les garanties d’une liberté de création que Kelly Reichardt a préservée jusqu’aujourd’hui […]. Sobriété et artisanat ont également contribué à la cohérence et à la continuité de l’œuvre ».

Ce titre, L’Amérique retraversée, désigne la façon dont Kelly Reichardt revisite les clichés et les récits dominants concernant la réalité des États-Unis et leur histoire, en s’appuyant sur deux dimensions cardinales : l’espace et le temps. Mettant en scène des personnages souvent en errance ou évoluant dans de vastes paysages, ses films se déroulent dans le présent – comme Wendy et Lucy (2008), Night Moves (2013), alliant écologie et action violente aux conséquences funestes (cf. Politis n° 1300), et Certaines femmes (2016, cf. Politis n° 1442). Ou retournent aux origines : La Dernière Piste offre un visage autrement moins avenant de ce que l’on nomme le western. Tandis que First Cow, qui sort ces jours-ci, se situe en 1820, c’est-à-dire aux premiers temps de l’expansion vers l’Ouest, qui associe appât du gain et colonisation (couplée, au long du siècle, à un génocide).

Kelly Reichardt a choisi pour protagonistes deux personnages qui n’ont rien à voir avec les « conquérants » que sont les trappeurs d’une rusticité éprouvée et les petits administrateurs locaux pervers. Il s’agit d’Otis Figowitz (John Magaro), un jeune cuisinier aux manières aussi délicates que les mets qu’il est capable de mitonner quand il dispose d’ingrédients, et de King Lu (Orion Lee), un Chinois ingénieux et entreprenant. Sans le sou, ballottés par les événements, ils lient leur sort et deviennent amis. Dans cette aventure pleine de bruit et de brutalité, ils créent une sorte de phalanstère à deux, où l’écoute et l’attention à l’autre sont de mise.

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