Geoffrey H., le fidèle à la cause

Royaliste, catholique et nationaliste, Geoffrey H. est le plus fragile du groupe. Chef de la section parisienne de l’OAS qui ne comptait qu’un seul membre – lui-même – il est condamné à cinq ans de prison dont trente mois avec sursis et une injonction de soin. Il n’est pas réincarcéré.

Nadia Sweeny  • 15 octobre 2021
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Geoffrey H., le fidèle à la cause
© THOMAS COEX / AFP

Aîné d’une fratrie de trois enfants, son père est un ancien gendarme : Geoffrey a grandi dans différentes casernes, au gré des affectations de son père, dans un foyer plutôt stable. Il a une scolarité normale, obtient son bac, une licence d’histoire puis un master 2 en construction européenne.

Cet amateur de musique de 29 ans – 24 au moment des faits – se définit lui-même, comme royaliste nationaliste, contre-révolutionnaire, proche d’un catholicisme social. D’un point de vue militant, il est d’abord attiré par les idées de François Asselineau, puis se rapproche du Front national. Il participe à des manifestations à Calais contre les migrants, à la « manif pour tous » considérant l’homosexualité comme « contre-nature », dit-il en garde-à-vue. Il se présente avec son frère en 2014 sur la liste du FN aux municipales de Rosny-sous-Bois. C’est à la Dissidence française qu’il rencontre son ami, Romain P. Ami qu’il accuse pendant le procès de l’avoir _« obligé à venir » à la cérémonie de remise des bérets en septembre 2016, pendant laquelle il reçoit le béret bleu de chef de section de l’OAS des mains de Thomas A., n° 2 de l’organisation. Geoffrey Hanot est intronisé chef de la section parisienne qu’il nomme lui-même « 732 » – en référence à Charles Martel. Il est en charge du recrutement, de la formation et de l’entraînement des membres de sa section. Il n’en recrutera aucun mais il envoie 300 euros à Logan N. pour l’achat d’une arme dont la nature change en fonction des déclarations. Fusil d’entraînement ou taser… Lors de la perquisition les policiers trouvent du matériel de protection, des tasers, une matraque et une licence de tir sportif. Il justifie la présence de ces éléments par le fait qu’il collabore avec Romain à la sécurité de Jean-Marie le Pen.

Bien qu’il n’ait aucun lien familial avec l’histoire de l’Algérie Française, il se joint à ses camarades pour des commémorations d’anciens combattants de l’ADIMAD. « Il y avait un côté grisant à vouloir singer l’OAS historique, mais pas de là à agresser qui que ce soit. Je ne me vois pas comme un terroriste », dit-il à la barre. L’OAS était une « lutte armée politique contre le djihadisme », dit celui qui voulait « mettre fin à ses jours en mode templier » – d’après sa petite amie. La procureure qualifie ainsi Geoffrey de « fidèle à la cause ».

De nombreux éléments retrouvés en perquisition faisaient référence au IIIe Reich ou au régime de Vichy. Il nie cependant toute signification : « C’est anodin : je ne suis pas nazi. » Il est pourtant l’auteur de sorties lyriques sans équivoques à coup de « fiente juive immonde ». Lorsque la procureure rappelle l’incident en garde à vue – Geoffrey a refusé de se rendre à la douche accompagné d’un policier noir en clamant « s’il y a un nègre je ne me douche pas » – il répond : « Ce n’était pas violent : c’est de l’ethno-différentialisme. » Mal fagoté dans son jean, Geoffrey donne l’impression de complètement survoler ces dix jours de procès. De ne pas prendre conscience de ce qu’il se passe.

Sentiment de persécution

Après son incarcération, il a fait une « décompensation psychiatrique majeure sur un mode de persécution avec une conviction de menaces en lien avec son islamophobie », note l’expert psychiatre. Sentiment de persécution qui n’est pas sans rappeler celui de son ami Romain P., numéro 3 de l’OAS. En prison, Geoffrey déclenche même deux incendies dans sa cellule et fait l’objet d’une hospitalisation psychiatrique sous contrainte pendant sept mois.

D’après le psy, Geoffrey pense qu’il est « attaqué de toute part » que « « tout le menace ». Il se définit comme le « souffre-douleur » : « Dans les cités j’étais le sale blanc », dit-il sans que des événements particuliers n’aient été mis en avant pendant le procès. D’après les experts, ça serait par nécessité psychique que Geoffrey adhère à une idéologie xénophobe et dangereuse. « L’appartenance à des groupuscules et organisations d’extrême droite apparait comme un recours pour lutter contre des angoisses massives », écrit le psy, indiquant que « l’OAS est sans doute la seule organisation qui a pu lui conférer une reconnaissance permettant d’accéder à un statut de sujet impressionnant et honorable » …

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