Le véhicule autonome est une absurdité

Ces projets qui absorbent déjà des milliards ne résisteraient pas à un examen rationnel.

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Le véhicule autonome sera une des priorités de la présidence française de l’Union européenne, début 2022. Déjà, la « stratégie nationale de développement de la mobilité routière automatisée », publiée fin 2020, affirme que « le véhicule autonome et connecté est une opportunité de fournir des services de mobilité plus sûrs et plus adaptés aux besoins de chacun ». Mais aucun élément concret n’étaye cet optimisme béat.

L’État français se veut à la pointe pour accueillir la voiture autonome sur les routes du pays. Google, Tesla et d’autres géants investissent des dizaines de milliards chaque année pour développer cette technologie, mais le déploiement des infrastructures (marquage au sol, panneaux de signalisation, antennes et caméras numériques, voies séparées, etc.) sera payé par les États, donc par nous-mêmes.

L’essor du véhicule autonome pourrait prendre trois formes. Pour les constructeurs automobiles, il s’agit de développer la mobilité avec des voitures individuelles. Mais du fait de l’« effet rebond », les conséquences écologiques seraient désastreuses : une expérience menée à l’université de Berkeley conclut à une hausse de 80 % des kilomètres parcourus (1).

Les grandes plates-formes numériques (comme Uber) parient plutôt sur des taxis sans chauffeur, tandis que les collectivités publiques rêvent d’autobus autonomes. Il s’agit de réduire les coûts en remplaçant la présence humaine par des algorithmes. Mais ces projets négligent totalement la dimension de « care » du métier de chauffeur : informer les passagers, les rassurer, voire les secourir en cas de problème…

Les discours officiels sur la contribution du véhicule autonome à la transition écologique se heurtent à une évidence : « Comment le principe de remplacer un conducteur qui n’a besoin pour conduire que de son corps, par des milliers de capteurs, caméras, lidars, batteries, processeurs, data centers, pourrait être une réponse écologique (2) ? »

Quel que soit le scénario, l’impact énergétique du véhicule autonome sera énorme : le volume colossal de données échangées entre les véhicules et avec les capteurs nécessitera la 5G ou la 6G partout, les émissions de CO2 seront massives en lien avec la production, l’installation, la maintenance, le renouvellement et la gestion des déchets des véhicules et de toute l’infrastructure électronique collatérale.

Ces absurdes projets qui absorbent déjà des milliards ne résisteraient pas à un examen rationnel guidé par le souci de l’intérêt social et écologique. Cet exemple parmi tant d’autres souligne l’urgence de démocratiser les choix technologiques, en les soumettant à la délibération, dans les entreprises et dans la cité.

Par Thomas Coutrot Économiste, membre d’Attac.

(1) « Projecting Travelers into a World of Self-Driving Vehicles : Estimating Travel Behavior Implications via a Naturalistic Experiment », M. Harb et al., Transportation__, no 45, 2018.

(2) Merci de changer de métier. Lettre aux humains qui robotisent le monde, Célia Izoard, Éditions de la Dernière Lettre, 2020.


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