Dark kitchens : l'ubérisation côté cuisine

Les services de livraison de repas uniquement accessibles en ligne via des plateformes se multiplient, au grand dam du voisinage, des livreurs, des municipalités et des restaurateurs.

Rue du Centenaire à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le voisinage a droit quotidiennement à un bal incessant de scooters. Ce défilé vrombissant est le fruit de la loi très « far-westienne » dictée par les plate-formes de livraison de repas. Tout a commencé l’an dernier, quand une « dark kitchen » s’est installée dans le quartier.

Ces structures, en plein développement en France depuis deux ans, sont le nouveau fer de lance du marché de la restauration rapide. À l’intérieur, pas de clients, mais une armée de préparateurs polyvalents répartis dans une dizaine de cuisines capables de produire des poke bowls, des cookies, des sushis comme des salades.

La dark kitchen est un lieu tourné vers un unique but : livrer le plus vite possible des commandes réalisées en un minimum de temps. Les clients sont contents, les voisins moins. « On ne sait pas pourquoi l’urbanisme a accepté un tel projet, se désespère Fanny, une riveraine qui fait partie d’un collectif informel de mécontents_. Une partie du voisinage est gênée par les odeurs ainsi que par le bruit des livreurs qui passent dans la rue, se garent n’importe où et prennent parfois des sens interdits. Avec le collectif, on a réussi à avoir une réunion avec des représentants de la mairie et il nous a été dit qu’il y a eu un accident avec un collégien. »_

À Saint-Ouen, l’installation d’une dark kitchen Deliveroo a posé le même problème et une solution a été trouvée par la mairie, qui a dégoté des places de parking pour les livreurs en scooters non électriques en amont du site. Charge à ceux-ci, payés à la course, de faire le reste du trajet à pied et donc de perdre un peu plus de temps à leurs frais.

« Il y a une déresponsabilisation des plate-formes, qui font tout pour ne pas respecter leurs obligations », s’insurge Leïla Chaibi, députée européenne. L’élue La France insoumise, très investie sur ce problème, voit l’installation de ces « cuisines-usines » comme un pas de plus vers l’ubérisation de la société, un modèle dans lequel les entreprises ont les mains libres pour agir comme bon leur semble. Au moindre problème, le secteur public est appelé à la rescousse. « Comme les livreurs ne sont pas salariés, ni les plateformes ni la dark kitchen n’ont prévu de toilettes pour eux, car elles n’ont pas d’obligation de le faire, raconte Fanny_. Donc ils urinent où ils peuvent, le plus souvent dans le square à côté. À chaque problème, la plupart des solutions mises en avant par la dark kitchen doivent être payées par la mairie : elle a suggéré à la mairie de prévoir davantage de places de stationnement et d’installer des toilettes publiques. Ça me semble incongru ! »_ Cow-boys d’un genre inédit, ces nouveaux acteurs ont réussi leur braquage : c’est aux livreurs, aux voisins et aux municipalités de s’adapter.

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