« Haut et fort », de Nabil Ayouch : Prose combat

Avec Haut et fort, Nabil Ayouch dresse le portrait vibrant d’une jeunesse marocaine qui trouve dans le rap un moyen d’expression et d’émancipation.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Adepte d’un cinéma ancré dans le réel, à forte résonance socio-politique, Nabil Ayouch poursuit son auscultation du Maroc contemporain avec son nouveau long métrage, Haut et fort, présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes.

Désireux de réaliser un film donnant la parole à la jeunesse actuelle tout en faisant écho à l’importance du rap pour cette génération (importance que les mouvements contestataires survenus ces dernières années dans les pays du Maghreb ont permis de bien mesurer), le cinéaste franco-marocain se focalise ici sur un groupe d’une quinzaine d’adolescents, garçons et filles, qui participent à des ateliers de hip-hop – musique, texte et danse – dans un centre culturel à Casablanca. Jeune homme taciturne et solitaire, ancien rappeur, Anas se charge de les guider sans les ménager afin de les amener à prendre confiance et à s’exprimer le plus justement possible.

Peu à peu, les personnalités s’affirment, le groupe se soude, des chansons et des chorégraphies prennent forme. Aboutissement de ce processus d’apprentissage, un grand concert de fin d’année se profile. Loin d’être consensuel, l’événement va susciter une confrontation directe avec certains parents des élèves et tous les religieux intégristes aux yeux (et oreilles) desquels le hip-hop incarne le mal, comme la musique et la danse en général.

Ouvert en 2014 à l’initiative de Nabil Ayouch, le centre culturel au cœur du film existe réellement et se trouve en périphérie de Casablanca, dans le quartier de Sidi Moumen, où le cinéaste a déjà tourné deux de ses précédents films, Ali Zaoua (2000) et Les Chevaux de Dieu (2012). Il a commencé à développer le projet Haut et fort en observant durant un an le déroulement des ateliers hip-hop sous la conduite d’Anas Abousbi (le vrai professeur) et en discutant longuement avec celui-ci ainsi qu’avec les élèves.

In fine, les interprètes du film jouent des personnages qui portent leur véritable prénom et s’inspirent plus ou moins de leur propre vie. En effet, s’il se nourrit en profondeur du réel, Nabil Ayouch ne s’y borne pas strictement et s’attache à explorer une zone indistincte entre documentaire et fiction. Très pratiqué aujourd’hui, ce format hybride se pare ici d’un surcroît d’originalité via l’insertion de plusieurs séquences chantées et/ou dansées, toutes très réussies, qui basculent dans l’univers de la comédie musicale. Savoureuse référence directe à West Side Story, l’une de ces séquences donne à voir un duel chorégraphique survolté entre les artistes hip-hop en herbe et les intégristes.

Sur la question (très) sensible du poids de la tradition et de la religion, le récit peut paraître parfois un peu trop didactique ou schématique mais cela n’altère pas vraiment l’ensemble. D’une vibrante authenticité, Haut et fort traduit un positionnement courageux en prenant clairement parti pour ces jeunes en quête d’affirmation et en montrant le rap comme un indispensable moyen d’expression et d’émancipation à leur portée.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.